Dragage du port de La Teste : Les conclusions de l’expert du tribunal font des vagues…

Nautisme / Environnement : Après le rapport de l’expert sur le dépôt des vases testerines à La Mole, la CEBA et l’ADPSO ont des analyses… différentes.


28/04/21


couv 2 rapport dragage port de la testeChristophe Albarran, expert judiciaire près la cour d’appel de bordeaux, a rendu un rapport de 33 pages à lire ici portant sur deux sites d’investigations : la déposante du port de la Mole d’une part et le port de la Teste de Buch et son chenal d’accès d’autre part.


Les conclusions du rapport

« Déposante du port de la Mole :

Les analyses menées sur les sédiments de la déposante du Port de la Mole répondent aux recommandations des guides proposés par le Groupe GEODE en 2016 et le Cerema en 2018, à savoir notamment :

les critères N1/N2 définis dans l’arrêté du 9 août 2006 ;

les critères d’acceptation en Installation de Stockages de Déchets Inertes présentés dans l’arrêté du 12 décembre 2014.


Les résultats analytiques sur cette matrice ont mis en évidence :

des dépassements des critères N1 en arsenic et en plomb ;

des dépassements des critères N1 et/ou N2 en HAP sur la totalité des prélèvements réalisés ;

un dépassement systématique des seuils ISDI fixés sur éluât pour la fraction soluble, les chlorures et les sulfates sur 5 des 8 prélèvements ;

des dépassements ponctuels des seuils ISDI fixés sur éluât pour l’arsenic et le plomb ;

des dépassements sur éluât ciblés sur le prélèvement situé au niveau du bassin amont BS2 en nickel, zinc, antimoine et cadmium


Concernant les eaux souterraines, les analyses ont globalement porté sur les mêmes paramètres que ceux recherchés sur les sédiments. Les résultats analytiques mettent en exergue, sur la base des valeurs guides utilisées, des excès en carbone organique total (COT), arsenic, plomb et HAP. Les impacts en HAP étant essentiellement présents au niveau de Pz1 et Pz4.


Port de La teste de Buch et son chenal :

Les analyses menées sur les prélèvements répondent aux recommandations des guides proposés par le Groupe GEODE en 2016 et le Cerema en 2018, à savoir notamment :

les critères N1/N2 définis dans l’arrêté du 9 août 2006 ;

les critères d’acceptation en Installation de Stockages de Déchets Inertes présentés dans l’arrêté du 12 décembre 2014 ;

la vérification du caractère écotoxique des sédiments (critère HP14).

Les résultats analytiques mettent en évidence :

des dépassements des critères N1 et/ou N2 en métaux, et essentiellement en arsenic, cuivre et mercure,

des dépassements des critères N1 et/ou N2 en HAP sur la totalité des prélèvements réalisés,

un dépassement systématique des seuils ISDI fixés sur éluât pour la fraction soluble, les chlorures et les sulfates,

des dépassements ponctuels des seuils ISDI fixés sur éluât pour le molybdène et l’antimoine,

l’absence écotoxicité sur l’échantillon composite « Chenal » analysé,

l’absence écotoxicité sur l’échantillon composite « Port » analysé.


La CEBA s’oppose au dépôt des boues portuaires de La Teste à Gujan, et privilégie Le Teich


C’est Marie-Héléne Des Esgaulx, la maire de Gujan,  qui va être contente. La Coordination Environnementale du Bassin d’Arcahon, qui regroupe plus de 20 associations de défense de l’environnement, et qui, avec d’autres parties prenantes, avait fait tomber le SCOT (voir notre article),  vient de demander dans un communiqué, l’arrêt immédiat du dépôt de boues portuaires sur le site de La Mole à Gujan-Mestras.


site de la moleLa CEBA explique :

« L’expertise judiciaire de Monsieur Albarran apporte confirmation des arguments exprimés par la Ceba dans le cadre de l’enquête publique sur le dragage du port de La Teste :

– Il apparait que le site de destination des boues de La Mole est déjà fortement pollué et n’est pas étanche ; en conséquence de quoi l’évidente porosité des boues portuaires provenant du port de La Teste et de la Cannelette avec le milieu marin, en Natura 2000, pose gravement problème, et exige une réaction sans délai.

– Les analyses des vases du port de La Teste fondant l’enquête publique et l’arrêté préfectoral d’autorisation de dragage, présentent de graves lacunes : toutes les zones du port et de son accès n’ont pas été suffisamment sondées et la profondeur desdits sondages est insuffisante.

– Il apparait que de nombreux seuils s’avèrent dépassés dès lors que l’on sonde partout et à la bonne profondeur, ce en dépit de points de résistance bien connus : blocs de bétons et autres rochers de coquilles d’huitres ; on trouve arsenic, cuivre, mercure, résidus pétroliers (HAP), chlorures, sulfates, probablement du TBT… ce qui n’a rien d’étonnants compte tenu des anciens usages et de l’ancienneté du précédent curage.

– A La Mole, on trouve les mêmes molécules, et en outre : nickel, cuivre, cadmium, plomb, antimoine…

– Ajouter une forte pollution (volume déjà transporté : 20000 m3), à une forte pollution, dans un site non étanche, exposé aux inondations (centennales ou non), submersion, vent, ruissellement, consiste en réalité à “clapper” au cœur du Bassin et à revenir aux rejets en mer des boues portuaires tels qu’ils se pratiquaient il y a quelques décennies.

Dans un pareil contexte, la Ceba demande l’arrêt immédiat des dépôts des boues du port de La Teste sur le site de La Mole ; elle demande que leur transport, pour la suite du dragage qu’il convient de ne pas suspendre, s’effectue sur le site Sovasol du Teich.»


Pour l’ADPSO, c’est « beaucoup de bruit pour rien »…

L’Association de défense des prés-salés ouest (ADPSO) ne partage pas le point de vue de la CEBA. Dans un communiqué, elle donne son analyse :

dragage port la testeLa ville de Gujan Mestras avait demandé, en juin 2020, à un cabinet d’experts d’analyser les vases testerines actuellement draguées et évaluer, par prélèvement, le degré de toxicité des sédiments qui étaient déposés dans le bassin de décantation de La Mole …/…

A la lecture du document vous constaterez plusieurs constats qui n’ont rien d’alarmants quoiqu’en disent les détracteurs, gujanais pour la plupart. Les analyses, si elles ne sont pas irréprochables, ce qui est normal après tant d’années de non désenvasement, confirment bien la non-toxicité des vases qui sont draguées actuellement dans le port testerin. Le dragage est en ce moment à l’angle de l’avenue des Ostréiculteurs et  du boulevard de Curepipe.

Pour faire simple, les critères de comparaison retenus par l’expert pour les substances évoquées (arsenic, plomb, cuivre, mercure et HAP) ne sont pas les critères réglementaires applicables pour la gestion des sédiments.

Ainsi, le fait que l’analyse des sédiments dépassent les critères d’acceptabilité en installation de stockage de déchets inertes est logique puisqu’ils ne sont pas inertes, mais non dangereux.
Les seuils N1 et N2 utilisés dans le rapport, concernent le clapage et ne sont donc pas applicables à l’installation.
Pour être acceptés sur le site de la Mole, il convient de démontrer la non-dangerosité des sédiments, ce qui a toujours été fait et reste vrai aujourd’hui (article R541-8 du CE).

Une précision, le bassin de décantation du site de La Mole n’est pas étanche, mais il bénéficie de son antériorité, ce qui permet à l’administration de ne pas exiger de la part de l’exploitant (SMPBA) son imperméabilisation.
En définitive:  » Rien ne permet pas de remettre cause le dépôt de boues à la  Mole »

D’ailleurs un courrier est actuellement à la signature de la préfète en réponse avec les éléments cités plus haut. Pour conclure, beaucoup de bruit pour rien. »


A suivre…


portrait MichelMichel Lenoir

Illustrations Adpso et rapport C. Albarran


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