Prendre le train en 1845 vers La Teste : Les gares du parcours…


Extraits du guide « Voyage en train entre Bordeaux et le Bassin d’Arcachon en 1845 » par Oscar Dejean. Aujourd’hui,  « Les gares du parcours ».


Offrez vous une pause, et prenez le temps de déguster des extraits de ce livre savoureux…


NB : Les intertitres en italique sont de la rédaction d’InfoBassin


Gare de Ségur (Bordeaux)(1)



Après avoir gravi un bel escalier de pierre construit à l’extérieur, le voyageur arrive aux salles d’attente, dont la simplicité est on ne peut plus grande : il a laissé derrière lui et à sa gauche, en montant, le vaste bâtiment dans lequel sont établis les bureaux de l’administration et dont la façade principale, donnant sur la rue, se présente la première quand on arrive à la gare.

Bientôt un coup de sifflet se fait entendre, les portes s’ouvrent, et l’on entre dans le spacieux hangar sous lequel sont remisés les convois. Ce bâtiment est à la fois simple et gracieux comme toutes les constructions faites par la compagnie…/…


La cloche a sonné, le dernier coup de sifflet du chef de gare a retenti, la locomotive a jeté son cri de liberté, elle s’élance sur les rails… Cependant, tout aussitôt, elle s’arrête, et, après avoir changé de voie, elle nous repousse en arrière : ce sont les wagons chargés de marchandises que l’on accroche à la suite des voitures destinées aux voyageurs. Cette opération est promptement faite, la lourde machine s’ébranle de nouveau, et cette fois elle prend son essor définitif.

Nous voilà donc en route ; dans deux heures nous serons à La Teste, après avoir parcouru, sans fatigue et sans ennui, près de 53 kilomètres. Aussi la vapeur nous remorque-t-elle de plus en plus vite, et c’est à peine si nous avons le temps de jeter en passant un coup d’oeil sur les délicieuses villas, les excellents vignobles qui bordent le chemin des deux côtés.


Gare de la Médoquine

Nous sommes à 1 770 mètres de notre point de départ…/… Aux environs de la Médoquine, située sur la commune de Talence, se trouvent des carrières abondantes de pierre calcaire, dont le chemin de fer transporte une grande quantité sur toute la ligne jusqu’à la Teste…/…


Gare de Pessac



Cette station, située à 4 450 mètres de Bordeaux, et à laquelle nous sommes arrivés en traversant une foule de jolis biens de campagne, est placée tout auprès de l’église, sur le bord occidental du village. Pendant l’été, Pessac est le lieu de promenade d’une partie notable de la population de Bordeaux, qui, moyennant une faible somme se donne à la fois le plaisir de voyager sur le chemin de fer et l’agrément de respirer tout à son aise l’air pur d’une des plus jolies campagnes des environs de Bordeaux, car Pessac et ses alentours sont délicieux dans la belle saison.


Le Pape Clément



Après avoir traversé les acacias qui entourent le chemin, au sortir de cette gare, nous apercevons, sur la droite, le domaine du Pape Clément, ainsi appelé parce que les vignes qui le composent ont appartenu à l’archevêque Bertrand de Got, élu pape en 1305, sous le nom de Clément V. Les produits de ce vignoble, devenu, à l’avènement de Bertrand au trône pontifical, la propriété de l’archevêché de Bordeaux, qui le conserva jusqu’en 1791, sont très renommés : ils ont donné lieu récemment à un procès intenté par le propriétaire actuel, contre quelques uns de ses voisins, qui avaient voulu élever leurs vins à la dignité de Vins du Pape Clément, et que le tribunal a forcés de revenir à des sentiments plus conformes à l’humilité chrétienne — cette admirable vertu, que le licencieux Clément V prisait beaucoup moins sans doute que les vins de son domaine de Pessac, pour lesquels il avait une prédilection toute spéciale.


Gare de Saint-Médard

Les environs de cette station n’étaient, il y a quelques années, que de la lande inculte, on y voit maintenant de belles plantations de pin maritime (pinus maritima), le seul que l’on cultive dans ces contrées, où il réussit merveilleusement et donne un très bon revenu. La plupart de ces plantations ont été faites par suite de l’établissement de la route départementale de Bordeaux à La Teste, dont l’exécution est due en grande partie à M. le baron d’Haussez, qui, comme on le sait, avant d’entrer au ministère, fut pendant plusieurs années préfet de la Gironde. Ce digne administrateur avait pour les Landes en général, et pour La Teste en particulier, une affection véritable, qui n’a malheureusement pas eu le temps de porter tous ses fruits…/….


Gare de Gazinet



Autrefois, lorsque l’on était obligé de faire à cheval ou en charrette à boeufs le voyage de La Teste à Bordeaux, trajet qui ne demandait pas moins de deux ou trois jours, autrefois, disons-nous, on ne parlait pas sans une certaine frayeur du passage de Gazinet ou Gaginet, qui non seulement était fort dangereux à cause de ses marécages, mais encore avait la réputation, peu méritée peut-être, de servir d’asile à de hardis voleurs.

Aujourd’hui nous allons de Bordeaux à La Teste en deux heures, et nous n’avons à craindre ni voleurs ni marécages : n’est-ce pas là plus qu’il n’était permis d’espérer ?…/…


Gare de Toquetoucau

Ce nom de Toquetoucau, sur lequel nous voyons chaque fois quelque voyageur nouveau épuiser sa science philologique, jouit aussi du privilège de subir les plus burlesques transformations. Voici sa véritable étymologie : En patois, Toque toutt chaou signifie, quand on l’applique aux animaux, conduis tout doucement, ne presse pas ton attelage, touche bien légèrement tes boeufs avec l’aiguillon.

Ce conseil, que les vieux Landais ne manquaient jamais de répéter au départ, en songeant au lieu où nous sommes, était indispensable à mettre en pratique, car la traversée des marais qui nous entourent était si dangereuse, autrefois, que boeufs et charrette, cheval et cavalier, risquaient fortement de s’y engloutir si les plus grandes précautions n’étaient pas prises. Le nom est resté au quartier, et le chemin de fer qui, pour plus de commodité, a voulu conserver les anciennes dénominations, a francisé celle-ci ; de là le substantif tant soit peu baroque de Toquetoucau pour désigner la cinquième gare intermédiaire…/…


Gare de Pierroton

La lande nous apparaît ici dans toute sa sauvage beauté../… La plaie de cette contrée, c’est la vaine pâture ! La majeure partie de cette lande qui attriste nos regards appartient aux communes, et les habitants dont elle nourrit tant bien que mal les chétifs troupeaux, ne consentiront jamais à se dessaisir, pour un instant, du parcours sans lequel ils ne sauraient pas se procurer de fumier, et conséquemment n’auraient pas de récoltes : voilà la seule raison qui empêche les landes d’être cultivées.


(1) La gare de Bordeaux-Ségur, première gare de la ville, eut une brève existence, et les terrains où elle fut construite eurent une étonnante destinée (à retrouver dans le livre).


A suivre….


Le prochain épisode : « Les gares de la ligne (suite) »

L’intégralité des chapitres est à retrouver dans le livre « Voyage en train entre Bordeaux et le Bassin d’Arcachon » par Oscar Dejean. Paru aux Editions bas du pavé, 184 pages avec de nombreuses illustrations et photos anciennes. 15€. Disponible chez votre libraire autour du Bassin ou en commande.

Pour commander directement chez l’éditeur par internet, c’est ici.


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