Chronique d’un inclassable… (et donc suspect !)
Humour satirique: Au délice du jeu des étiquettes…
Je ne sais pas vous, mais moi il m’arrive d’être interloqué par la réaction de lecteurs qui me font l’honneur de lire mes élucubrations. Ecrire – ou tenter d’écrire – des textes satiriques, c’est bien sûr forcer le trait des travers décrits, mais sans parti pris aucun, et en essayant d’y insérer une note d’humour. S’il est vrai que, humble scribouillard, je suis toujours heureux de me savoir lu… et quelquefois apprécié, il est intéressant de constater la manière dont certains lecteurs perçoivent l’écrit en fonction de leur sensibilité politique. Trois exemples me permettent de rebondir :
Poujadiste ? L’étiquette XXL
Un lecteur a estimé que mes textes fleuraient bon le poujadisme. Traduisez : vieux con facho d’extrême droite, option naphtaline. L’étiquette est généreuse, presque trop grande pour moi, mais je la porterai avec élégance le temps de la démonter. D’autant que j’ai connu personnellement Robert Poujade. Oui en vrai, en chair, en anecdotes et petits plats mijotés par son adorable épouse, fine cuisinière.
Moumoune et moi avons, chez lui, partagé sa table, et ce malgré nos propres convictions, aussi éloignées de celles de cet homme, qu’un chat d’une baignoire. Lui, déjà âgé, mais toujours aussi savoureux : esprit vif, verve intacte, humour en bandoulière nous proposant une galerie de souvenirs – papes, présidents, République – en défilé privé. Échanges chaleureux avec un couple aussi sympathique qu’atypique, bien loin des clichés accolés à leur nom.
Comme quoi, les cases sont souvent plus étroites que la réalité.
Ultra gaucho ? Décidément polyvalent !
Un autre lecteur me range à l’extrême opposé. Me voilà donc ultra gaucho, ma carrière est fulgurante ! Après réactionnaire fossile, révolutionnaire clandestin. A ce rythme je vais finir centriste sans m’en rendre compte ! Hélas, je vais décevoir : le Grand Soir, je l’ai attendu comme tout le monde, puis j’ai compris qu’il ne passerait pas – sans doute un problème de transport. Quant au Grand Gourou de LFI, je confesse ne pas fréquenter ses messes ni ses disciples. Et pour tout dire, l’idée d’un déjeuner en la compagnie de ce sectaire dogmatique m’inspire moins une conversation qu’une digestion compliquée. Les certitudes trop bien rangées ouvrent rarement l’appétit. Et si j’aime le débat, encore faut-il qu’il ne soit pas livré avec menu obligatoire et pensée prête à consommer.
Ni droite, ni gauche, l’essentiel en cinq mots
Droite ? Gauche ? Un lecteur a tranché en proposant une voie directe, sans détour idéologique ni surcharge intellectuelle. Suite à ma dernière chronique sur la Coban, j’ai en effet reçu un mail d’une grande densité philosophique dont voici in extenso le texte : « va te faire mettre connard ». Cinq mots, pas une virgule, une pensée ramassée, sans fioriture, une économie de moyen remarquable.
Ne connaissant pas cette personne, je m’étonne de ce tutoiement abrupt, concept grammatical qui évoque l’intime, le familial ou l’amitié. Ce qui, en l’occurrence n’est manifestement pas le cas. Ensuite la proposition elle-même : d’une grande ouverture, certes, mais regrettablement floue. Que mettre ? Où ? Comment ? Avec quelles valeurs républicaines ? L’absence de précision nuit à la reproductivité de l’expérience.
Enfin, l’épithète finale trop convenue à mon goût. J’aurais espéré plus d’audace, une touche personnelle, un effort stylistique. On sent chez l’auteur une certaine paresse lexicale, mais il faut vivre avec son temps, même l’insulte à tendance à se standardiser. Après certains propos tenus récemment par un édile du Bassin, peut-être assistons-nous à l’émergence d’un nouveau courant littéraire : le minimalisme agressif. Peu de mots, beaucoup de certitude et surtout aucun doute.
Le débat public progresse… à sa manière.
Alain Mouginet
Retrouvez les anciennes chroniques d’Alain Mouginet, ici
Quel régal!
Bien vu!!! Un grand BRAVO d’une inconditionnelle qui se régale à la lecture de cette page d’humour satirique! Surtout continuez ainsi, ça fait tellement du bien de sourire et même de rire !
Lecture saine !!!!
J’aime beaucoup vos articles. Je n’en loupe aucun . Quel plaisir de lire avec intérêt !!!!!!!!!!!!!!!!!
La rondeur de vos mots
Je les lis tous, que cela aille dans un sens ou dans l’autre, de vérité en vérité. J’apprécie votre analyse, Monsieur. Continuez ainsi : c’est cela, la liberté d’expression.
Vous nous régalez !
Merci Alain (je me permets cette familiarité …) pour votre verve, votre esprit vif et aiguisé, l’acuité de vos observations (pas jugements !), vos paragraphes satiriques savoureux.
Votre dernière chronique du 26/04 : « Humour satirique : Au délice du jeu des étiquettes… » fut un pur délice, à lire (et relire !) , et j’avoue n8217;avoir pu retenir des éclats de rires à la lecture du dernier paragraphe « Ni droite, ni gauche, l’essentiel en cinq mots », un régal de drôlerie et de finesse, bravo, bravo !!!
Cependant je crains fort que l’aimable personne qui vous a envoyé ce si bienveillant conseil soit incapable de comprendre que votre verve, votre talent et grande maitrise de notre belle langue française … l’ont TOTALEMENT ridiculisé !
Encore BRAVO et MERCI !
Elisa / LANTON
Ne vous relâchez pas surtout !
Cher ami journaliste libre, je ne peux que vous remercier de vos chroniques savoureuses qui éclairent bien les jours de ciel terne assez fréquents sur notre cher Bassin quand les mœurs politiciennes donnent la nausée. Et comme vous, qu’ils n’attendent point que je m’incline devant le danger que font courir certains propos dans leurs invitations peu amènes. Pour rester dans leur thème de style bas (que j’essaie – sans vous égaler- de traiter avec une délicatesse imposée par la chose), continuez à nous amuser en nous informant et ne vous relâchez surtout pas : ce serait sans doute déplacé, surtout au moment inopportun auxquels ils vous (… nous) convient. Vive l’expression satirique, pilier de la pensée libre, donc de notre chère mais fragile démocratie.







