Après le feu, la question des moyens…
Feu Saumos: Résultats et analyse de la venue du 1er ministre; Pétition pour une base d’hydravions légers bombardiers d’eau à Biscarrosse. L’AG de PALCF à Lège-Cap Ferret; Entretien avec le maire du Porge.
19/08/26
Edito : Les failles révélées par le mégafeu de 2026
Le mégafeu du Nord Bassin a mis en lumière des failles structurelles que les sinistrés, les maires et les services de secours ont constatées jour après jour.
La première faiblesse est l’extrême vulnérabilité de la presqu’île du Cap Ferret, dépendante d’un unique axe routier pour évacuer des dizaines de milliers de personnes.
Au Porge, les habitants ont dénoncé une répartition inégale des moyens, confirmée par les bilans officiels montrant plus de 180 maisons détruites et un sentiment d’abandon des sinistrés, même si du point de vue des autorités, la mise en place de moyens sur Lège état justifiée.
Le système de santé a aussi montré ses limites : hôpitaux de campagne improvisés, Ehpad délocalisés, antennes médicales spontanées créées par des bénévoles. Selon le personnel médical interrogé sur place, la lourdeur et les décisions de l’ARS semblaient complètement inappropriées à la situation de crise d’urgence.
La gestion forestière apparaît également inadaptée à des crises de cette ampleur : pare-feux insuffisants, ouvrages DFCI endommagés, 103 km de coupes tactiques réalisées en urgence selon le SDIS 33.
Les réseaux essentiels ont été fragilisés : lignes électriques arrachées, gaz coupé, téléphonie hors service, nécessitant l’intervention d’ERDF, GDF et opérateurs de réseaux.
La logistique d’évacuation et de soutien a révélé une dépendance excessive aux bénévoles, agriculteurs, chasseurs et associations, indispensables pour traiter les fumerolles et nourrir les pompiers.
Pas d’enseignements tirés du feu de La Teste en 2022
Le mégafeu n’a pas seulement brûlé 42 000 hectares : il a exposé les fragilités d’un territoire qui devra se reconstruire autrement.
Du feu de la Teste en 2022, on n’a pas tiré les enseignements. Notamment la promesse d’une base opérationnelle de moyens aériens anti-feu en Aquitaine, qui a été enterré dans un tiroir, l’an dernier alors que c’est la pierre angulaire de la doctrine française de lutte contre les incendies : taper fort, vite, dès le début pour éviter la propagation.
A Saumos, les deux canadairs venus sur le terrain, compte tenu de l’état de sécheresse de la forêt ont fait ce qu’ils pouvaient. Trop peu, le feu a embrasé les pins.
Les élus ont réitérés leur demande à ce sujet à Mérignac lors de leur réunion avec les ministres.
Oui, l’achat de matériel anti-feu et le recrutement des hommes pour le faire fonctionner a un coût.
Mais à un moment, il faudra sortir de la pure écriture comptable pour regarder la réalité en face : le dérèglement climatique, s’aggrave chaque année, et va s’accentuer. Canicules et incendies en été, inondations et son cortèges de catastrophes en hiver.
Les pompiers, généralement silencieux, ont fait entendre une petite musique de révolte cet été, avec, c’est rare, une grève pour être écoutés. Les pilotes des moyens aériens ont régulièrement dénoncé une situation de pénurie.
Faudra-t-il attendre le prochain mega-feu pour leur donner enfin des moyens efficaces ?
Les promesses pour le feu 2026, sans blabla…
Les mesures annoncées par l’État, la Région et le Département
Photos Préfecture de Gironde
Après la réunion des ministres, élus et autres autorités concernés, les aides et mesures annoncées sont les suivantes:
–12 M€ d’aide directe pour la Gironde et les Landes (10 M€ Gironde, 2 M€ Landes).
–5 M€ pour le relogement d’urgence
-Création d’une Force d’Appui Rapide aux Unités (FARU) déployable en quelques heures pour soutenir les pompiers lors des feux majeurs, avec renforcement des moyens de lutte contre les incendies : ajout de ressources humaines spécialisées, de véhicules légers d’intervention et de capacités de reconnaissance pour anticiper les crises estivales.
–Soutien aux départements exposés : consolidation des dispositifs de prévention et d’organisation territoriale pour améliorer la réponse aux feux de forêt.
–Dégrèvement total des taxes foncières et cotisations sociales pour les entreprises sinistrées.
–Prise en charge intégrale de l’activité partielle pour les TPE-PME touchées.
-Plus de 30 M€ de prêts mobilisables via Bpifrance et la Région.
-2 M€ dédiés au soutien de l’attractivité touristique.
–6 M€ pour les exploitations agricoles, incluant la conchyliculture, avec prêts bonifiés.
-Nomination d’un coordinateur sécurité civile dans les communes les plus touchées.
-Engagement des Armées pour le déblaiement et la logistique.
-DSEC simplifiée pour les infrastructures non assurables.
-Guichet départemental unique pour le relogement et l’accompagnement des sinistrés.
-Engagement de France Assureurs pour une indemnisation rapide et le relogement d’urgence.
–Permis de construire délivrés sous un mois pour les maisons détruites.
-Autorisation d’installer des structures provisoires (mobile-home) pendant la reconstruction.
–Doctrine habitat-forêt définie sous trois mois pour adapter la reconstruction et renforcer la résilience
La Région et le Département taclent Lecornu : Manque de moyens aériens et d’une base feu en Aquitaine
Alain Rousset, président de la Région Nouvelle Aquitaine, et de sont coté Jean-Luc Gleyze, président du département de la Gironde et du SDIS 33, ont dénoncé l’insuffisance des moyens aériens lors du mégafeu de Gironde, rappelant que seuls deux Canadair ont été mobilisés au départ, alors que quatre auraient pu changer l’issue selon les navigants. Face à des dégâts humains, économiques et environnementaux majeurs, la Région, le Département, et des élus locaux réclament une base permanente de bombardiers d’eau dans le Sud-Ouest.
Mais si le gouvernement, par la voix de Laurent Nuñez, accepte de réétudier le projet abandonné en 2025, il souligne les contraintes opérationnelles et de maintenance…
Alain Rousset a insisté sur les capacités locales, notamment la filière aéronautique de Mérignac, et sur la nécessité de moyens nocturnes plus puissants. Il propose aussi un vaste plan de gestion hydrique pour retenir l’eau dans les forêts et transformer les zones brûlées en laboratoire écologique.
Enfin, il demande un soutien renforcé aux entreprises sinistrées et une meilleure dotation pour les services d’incendie.
Biscarrosse
Biscarrosse : une pétition réclame une base de bombardiers d’eau Air oFireboss
Ils sont près de 10000… Un collectif de citoyens et d’élus demande l’installation d’une base saisonnière de bombardiers d’eau Air Tractor Fireboss à Biscarrosse pour protéger la forêt des Landes, régulièrement menacée par des incendies majeurs.
Les signataires estiment que la rapidité d’intervention est décisive et que le Fireboss, capable d’écoper sur les lacs et l’océan voisins, pourrait intervenir en quelques minutes sur un départ de feu.
Les Fireboss ne remplacent pas les Canadair mais ils les précédent efficacement et rapidement en départ de feu. Cet avion bombardier amphibie emporte 3 000 litres d’eau et se recharge en écopant directement sur un lac ou sur l’océan, sans jamais retourner à sa base.
Plusieurs pays utilisent déjà cet appareil. Depuis 2022, l’État français loue chaque été des Air Tractor convoyés par les airs depuis l’Australie : rien que le trajet aller-retour, c’est environ 62 heures de vol par avion, soit près de 124 000 € (à ~2 000 €/heure), avant même le premier largage. Au total, ces locations ont coûté environ 18,4 M€ en 2025…
Une flotte de Fireboss s’est récemment entraînée à Biscarrosse, avec l’appui des pompiers locaux, renforçant l’idée que le dispositif est opérationnel.
L’aérodrome, les équipages et les infrastructures sont prêts. Les pouvoirs publics pourraient dès l’été prochain autoriser cette base saisonnière pour sécuriser durablement la forêt, les habitants et l’économie du territoire.
Seule manque la volonté politique…
Vous pouvez retrouver tous les détails sur ce dossier et signer la pétition , ici
Lège-Cap Ferret
L’asso PALCF, en AG, ouvre le débat sur l’avenir du massif forestier
Photo Tv Capferret
L’assemblée générale de l’association Protecttion Aménagement de Lège-CapFerret, le 14 août dernier, a été largement consacrée au retour d’expérience du mégafeu de Saumos. Après les remerciements aux acteurs mobilisés pendant la crise, le sous-préfet Jean Louis Amat, a souligné la mobilisation exemplaire du territoire.
Les services de secours, la DFCI et les représentants de l’État ont ensuite détaillé la chronologie de l’incendie, les choix tactiques opérés et les limites rencontrées dans la défense des lisières et des interfaces habitat forêt.
Le maire, Philippe de Gonneville a présenté les actions de prévention engagées avant l’été et les dispositifs qui avaient été mis en place, tout en reconnaissant que l’ampleur du feu dépassait les scénarios envisagés.
La députée Sophie Panonacle avait un avis différent et rappelé que les signaux d’alerte sur le risque incendie étaient connus depuis longtemps et que le territoire devait accélérer son adaptation, notamment en diversifiant les usages forestiers et en repensant la structure du massif…
Les pertes forestières sont conséquentes: Sur 8000 ha de forêt sur la commune, 3000 devront être coupés. Les représentants de la DFCI ont insisté sur la nécessité d’un entretien plus régulier des lisières, tandis que les services de secours ont mis en avant l’importance de zones d’appui plus larges pour protéger les villages.
Cette assemblée générale, très suivie, a mis en évidence des approches différentes mais complémentaires, et une volonté commune de revoir en profondeur la stratégie de protection de la presqu’île. A suivre..
Voir tous les détails de l’AG dans l’article détaillé et la vidéo de notre partenaire Tv CapFerret
Le cas du pare-feu de Cap Ferret réalisé par B. Bartherotte
Après l’urgence, les plaintes et les tensions
Au Cap Ferret, la construction d’un pare-feu par l’asso ADPCF (Association de défense de la pointe du Cap Ferret) menée par Benoit Bartherotte en pleine crise incendiaire continue de susciter de fortes réactions.
La figure de la Pointe du Ferret, qui a engagé des travaux sur plusieurs centaines de mètres dans la forêt domaniale sans autorisation préalable, a déclaré avoir agi dans l’urgence alors que les flammes menaçaient la presqu’île. Le chantier, d’abord stoppé par la mairie, a finalement été autorisé après des échanges avec les autorités, ce que contestent aujourd’hui plusieurs acteurs.
L’association anti corruption AC !! a déposé plainte pour demander une enquête sur les conditions de réalisation de l’ouvrage, pointant des travaux menés sur des terrains publics et l’absence de coordination avec les services compétents.
Le maire de Lège-Cap Ferret envisage lui aussi une action judiciaire, estimant que la commune pourrait avoir subi un préjudice.
Parallèlement, la Ceba (Coordination Environnement du Bassin d’Arcachon) reproche à la municipalité d’avoir ignoré ses alertes sur la nécessité de plans de prévention et de pare-feux réglementaires, et annonce des démarches judiciaires contre l’État et la commune pour obtenir des mesures de protection plus strictes.
Le pare-feu réalisé par l’ADPCF a finalement été intégré au dispositif officiel de défense contre l’incendie…
Le Porge
Interview du maire du Porge, après la visite de S. Lecornu et des ministres l’accompagnant
Dans un entretien à InfoBassin, le maire du Porge, Martial Zaninetti, a résumé la visite du Premier ministre dans sa ville.
A sa demande, Sébastien Lecornu, a été reçu en tête à tête par le maire, la veille de sa visite officielle. Cette rencontre privée d’une heure lui a permis de présenter en détail la situation de la commune, les dégâts subis et les besoins urgents, avant de lui remettre un courrier formel le lendemain. Le chef du gouvernement a ensuite traversé la commune en sa compagnie pour constater l’étendue des zones touchées, mais a finalement renoncé à se rendre en mairie, préférant rejoindre la caserne des pompiers. Une décision qui a surpris le maire, et provoqué des huées des habitants.
Le maire s’est dit satisfait que l’armée intervienne déjà depuis quinze jours au Porge pour le déblaiement du massif forestier, et que la doctrine « habitat forêt » sera élaborée par une commission ministérielle pour redéfinir l’urbanisme dans les communes forestières.
La commune a perdu plus de la moitié de ses ressources forestières
Concernant les moyens annoncés par l’État, il estime que les financements ne couvriront pas l’ampleur des pertes, la commune ayant perdu plus de la moitié de son territoire et de ses ressources forestières.
À propos des obus ayant explosé pendant l’incendie, Martial Zaninetti a décrit ce moment comme un « épisode de guerre, extrêmement violent », rajoutant encore du stress à l’encerclement du feu. Il précise que la mairie n’en avait jamais été informée, sinon, compte tenu du danger potentiel, ses prédécesseurs ou lui-même « auraient demandé à la Préfecture d’envoyer sans délai les services de déminage« .
Au sujet des polémiques sur l’affectation de moyens de lutte incendie à Lège, le maire évoque une nuit critique où des moyens ont été massivement déployés vers Lège pour protéger la presqu’île, laissant le Porge en difficulté. Il précise : « Les habitants et la DFCI se sont pris en main et ont permis de sauver entre 100 et 200 maisons. »
La commune travaille désormais chaque matin pour quelques jours encore avec des représentants de l’État pour organiser la reconstruction, ensuite ce sera une réunion de travail par semaine. L’équipe municipale et les services administratifs de l’Etat, de la Région et le Département sont investis pour trouver des solutions notamment pour le relogement et pour la rentrée scolaire prochaine.
Un collectif d’habitants veut porter plainte au pénal
Après l’incendie qui a détruit près de 200 maisons au Porge dans l’incendie, un collectif de sinistrés s’est formé dès la fin du mois de juillet pour demander des explications sur la gestion de la crise. Plus de 700 habitants se sont regroupés via des messageries pour partager leurs témoignages et organiser une réponse commune.
Début août, le collectif a commencé à structurer ses démarches et a pris contact avec l’avocat Sylvain Galinat. Celui-ci indique que des actions pénales, civiles ou administratives pourraient être engagées, sans calendrier arrêté.
Les habitants dénoncent l’absence d’alerte dans certains secteurs et un manque de moyens au moment critique. Ils affirment vouloir établir les responsabilités et obtenir réparation pour les pertes subies.
Des réunions publiques pourraient être organisées dans les prochaines semaines afin de coordonner les démarches. À ce stade, aucune date officielle n’a été communiquée pour un éventuel dépôt de plainte, qui pourrait intervenir à l’automne.
A suivre….
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Remplacer les plantations de pins par à une véritable forêt ... Utopie ou possibilité ?
Une fois encore, c’est un article de très bonne facture que vous nous livrez. Merci.
Reste à espérer qu’une réelle réflexion sur les plantations de pins en Aquitaine (non, ce n’est absolument pas une forêt), permettra d’envisager cette activité d’une façon plus adaptée au climat d’aujourd’hui …
MErci Info bassin
Merci à ce média de nous avoir donner des informations régulières sur l’état d’avancement du feu, sur les évacutions.
L’information est donnée sans langue de bois et de façon impartiale sans prendre position pour aucune des parties, laissant aux lecteurs la possibilité se de faire leur propre opinion.
Di journalisme à l’ancienne, avec vérification des sources d’information pour éviter de donner des infos certes croustillantes mais totalement fausses.
Fidèle lecteur de votre billet, je vous remercie du fond du coeur pour nous avoir accompagnés dans ces moments o’ combien difficiles.















