Chronique d’un artisanat… made in nulle part!

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Humour satirique: Fernand nous a quittés…

Par Alain Mouginet, ancien éditeur, demeurant sur le Bassin.


25/01/26



Je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours été amoureux des belles montres. Attention, je n’évoque pas ici celles à piles et encore moins ces bidules connectés qui vous permettent à la fois de surveiller votre santé, vous rappeler la liste des courses, et surtout rester informé en temps réel de la marche chaotique du monde.

Non, moi ce qui me fascine ce sont ces objets précieux, fruits d’une longue tradition horlogère et d’un savoir-faire unique, qui nécessitent parfois des milliers d’heures de travail pour aboutir à de petits chefs-d’œuvre d’ingénierie de précision et d’élégance discrète.


Les virtuoses de l’horlogerie traditionnelle

*Ses créateurs sont souvent des virtuoses de l’exploit inutile : certaines montres haut de gamme comportent de nombreuses complications, dont le quantième perpétuel, qui indique la date exacte en tenant compte des variations de mois et des années bissextiles, et ce jusqu’en… 2100 ! De plus, l’affichage des phases de lune ne s’écartera d’un jour que dans… 45 millions d’années ! Le tout inséré dans un petit boîtier comportant des centaines d’éléments mécaniques en mouvement. C’est très fort !

Certes, tout a un prix… c’est pourquoi je me contente d’éplucher les catalogues…

Rêver n’est déjà pas si mal, d’autant que contrairement à ce que certains affirment, je n’ai pas le sentiment d’avoir raté ma vie en n’étant pas l’heureux possesseur d’une Rolex ! Attribut que j’ai toujours trouvé bling bling, pour ne pas dire vulgaire.


Du fait maison à prix cassé

Hors, dernièrement, internet qui connaît bien mon innocente marotte, m’a envoyé un lien afin d’accéder au site d’un horloger bazardant son stock.

Fernand – c’est de lui qu’il s’agit – prend sa retraite après quarante-cinq années passées à créer et réaliser des montres uniques. Sa photo en page d’accueil est rassurante : cet homme mûr, héritier d’une longue tradition d’artisans dévoués, pose devant sa vitrine. Une échoppe comme je les aime, toute de bois vêtue, entourée de colombages et de vieilles pierres, nichée dans une ruelle parisienne dont les pavés luisants me rappellent avec nostalgie cette France de mon enfance. Quant à son atelier, il est vide d’outils électriques prouvant qu’ici, tout se façonne à la main.



D’ailleurs le rédacteur du texte s’enthousiasme : « Une vie dévouée à l’horlogerie artisanale, guidée par la passion, le courage et le savoir-faire. Pendant plus de quarante ans, avec une précision méditative, Fernand a façonné le temps lui-même dans son petit atelier, où l’odeur de l’acier poli se mêlait au tic-tac des mécanismes qu’il assemblait. »


Les avis vérifiés

Manifestement, les vrais connaisseurs ne s’y sont pas trompés et des générations d’acheteurs lui rendent un hommage vibrant : « J’ai offert une montre de Fernand à mon père il y a 18 ans, elle fonctionne encore comme au premier jour. C’est un héritage, pas un accessoire » (Marc L. client fidèle.) « Ma montre Atelier Fernand m’accompagne chaque jour, elle a vu mes réussites, mes échecs, mes voyages. Je sais qu’elle continuera à exister bien après moi. » (Thomas R. avis vérifié)… Sensible comme je suis, j’en avais la larme à l’œil.


Quand l’artisanat sent… le marketing frelaté

Mais bien sûr il faut vendre : « C’est le dernier chapitre d’une vie de passion, de nuits à régler un balancier, d’instants suspendus entre l’homme et la mécanique, chaque montre de cette collection finale a été assemblée avec une attention particulière, presque cérémonielle ». Suivent des photos de montres réellement magnifiques dont les prix donnent le tournis… puisque pour moins de cent euros vous pouvez acquérir ces chefs-d’œuvre envoyés franco de port !


Fernand, l’artisan parfait… généré en 0,3 seconde

En fait, ce sacré Fernand a nettement les yeux bridés et les nostalgiques pavés parisiens se confondent avec le bitume d’une avenue de zone industrielle à Shenzhen ! Ce charmant atelier laisse place à une usine où, dans le bruit des machines, de semi-esclaves produisent à la chaîne de la camelote dont le prix de revient unitaire n’excède pas trois euros.


Les gogos – nombreux – qui se seront laissé berner risquent – au mieux – de recevoir une montre légère comme un biscuit apéritif, ornée d’un discret « fabriquée quelque part par là-bas ». Le cuir du bracelet sent le plastique courageux, le tic-tac ressemble à un râle asthmatique et la trotteuse hésite entre avancer ou demander l’asile politique.

Puis, l’heureux bénéficiaire remarquera que son garde-temps retarde de dix minutes toutes les heures ce qui en fait davantage un objet philosophique qu’un instrument de mesure du temps…

Sur internet, grâce à l’intelligence artificielle, le coq peut parfois chanter avec un accent très, très lointain…

 


Alain Mouginet


Retrouvez les anciennes chroniques d’Alain Mouginet, ici


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