Erosion du Cap ferret (suite…)

Erosion du Cap Ferret : Une histoire de flux… (suite)


10/02/19


En réaction à notre article « L’érosion piège à …biftons » (voir ici), Joel confoulan, géomètre retraité, propose son point de vue argumenté sur la question de l’hydraulique du Bassin d’Arcachon et de l’érosion de la pointe du Cap Ferret.

entete cerema cep ferretMais on peut ne pas être d’accord avec lui…

MAJ 12/02 Pour nos lecteurs(trices) qui voudraient consulter le rapport CEREMA qui a conduit à la décision du préfet,  il est à  consulter ici.

Michel Lenoir, directeur de publication



L’érosion ? On s’attaque aux effets du problème et non à la cause.

carte cassini 2 confoulan cap ferretDe nombreux scientifiques dissertent, se concertent et rendent des rapports pléthoriques depuis… 1708 par Claude Masse qui décrivait l’interaction entre l’allongement de la presqu’île et les passes.


La volonté (contrariée) de maitriser les flux depuis le XVIIIe siècle

Depuis Vauban qui voulait utiliser le Bassin comme port de guerre et devait trouver un moyen de maîtriser cette érosion fluctuante aux origines multiples, voire inconnues.

En 1768, le baron Charlevoix de Villers imaginait dans son mémoire de fermer carrément les passes nord et sud par des remparts en fascines pour ne laisser que la passe du milieu (…).


 

Idée similaire en 1829, du baron d’Haussez (devenu ministre de la marine quand même) qui proposait la fermeture des passes et l’ouverture d’un chenal-goulet artificiel face au Bernet.

Un autre ingénieur avisé, Beautemps-Beaupré, s’y opposa. Pourtant une sérieuse commission gouvernementale l’approuva en 1830.

Le projet financé fût abandonné malgré tout.



carte de cassini confoulan

En 1835, l’ingénieur-cartographe Monnier établit un nouveau mémoire concluant qu’aucun ouvrage d’art de maîtrise des passes ne pourrait être fiable et pérenne.

En 1839, F.-E. Wissocq, ex-ingénieur hydrographe de la marine, proposa courageusement la fermeture du chenal de Piquey en reliant la presqu’île à l’île aux Oiseaux et l’ouverture d’un chenal plus au sud au travers de la presqu’île…


Un havre de quiétude existerait alors dans le Nord-Bassin.

Sérieuse et amusante utopie. D’époque.

Pendant plus de trente ans, les mémoires d’ingénieurs sachants, les idées de ministres dévoués et généreux de fonds publics pour des études savantes se succédèrent. Sans aucune réalisation.


Car, pour l’ensemble, sans aucune certitude de résultats.

Comme aujourd’hui.

Le seul à avoir soulevé une bonne idée, toujours d’actualité, a été pour la première fois E. Caspari (Sous Ingénieur hydrographe) en 1872 dans son « Rapport sur l’exploitation des passes d’Arcachon » où il fonda sa proposition de curer les vases du Bassin d’Arcachon pour dégager les passes.


L’érosion aujourd’hui

 

Que pouvons-nous constater à notre époque face à cette érosion ?

La politique du ‘’parapluie’’ de plus en plus fréquente désormais pour dégager les responsabilités des hauts pouvoirs publics des pires scénarii toujours éventuels. Ce qui se comprend.

Sous la pression de la Préfecture, agent de l’Etat, interdire les constructions, interdire la circulation des piétons, publier des arrêtés de péril, créer des zones de contraintes sont les outils réglementaires, certes parfois légitimes et nécessaires mais qui ne résolvent pas le problème d’origine.


anaylse hydraulique bassin erosion cap ferret confoulan

Car si cela ne coûte rien, ces solutions n’apportent pas de réponses concrètes et pérennes aux citoyens.

Il existe des phénomènes naturels qui ne pourront jamais être maîtrisés : par exemple la neige ou les tempêtes, parce que ce sont des causes.

 


 

D’autres peuvent, par contre, l’être grâce à des moyens parfois conséquents et autrement que par seulement des règlements, parce que ce sont des conséquences : par exemple les inondations, les submersions ou les érosions marines.


Concernant celles de la Presqu’île, certains cherchent bien loin, en parlant du réchauffement climatique, comme nos ancêtres responsabilisaient presque les esprits…

Ce jeu du ‘’tape en touche’’ facile permet machiavéliquement de changer de discussion.

Le problème est pourtant simple et sous nos yeux depuis longtemps comme Gaspari l’avait trouvé.

Il est à l’intérieur du Bassin.


Un érosion due à l’envasement des plateaux du Nord Bassin

L’érosion du flanc est de la presqu’île est dû à l’envasement des plateaux du nord du Bassin d’Arcachon.

La puissance du courant du Teychan n’est plus déviée par celle des chenaux du Piquey et d’Arès.

Conséquences : De ce fait, au jusant, le courant du Teychan va percuter de plus en plus le rivage Est de la Presqu’île. 

Les bancs du Bernet s’engraissent devant le Parc Perreire et Le Moulleau.



Quelles solutions ?

On pourrait envisager deux moyens pour contrecarrer cette érosion qui confoulan proposition dunes cap ferretva s’aggraver au fur et à mesure de l’envasement du nord Bassin :

-Le désenvasement des plateaux nord, raisonné et étudié par des spécialistes indépendants et apolitiques,

L’aspiration des bancs du Bernet bénéficiant à l’engraissement des plages de Perreire et Le Moulleau.


Concernant le problème du désenvasement des plateaux nord dont le traitement peut paraître pharaonique, cette solution, a été proposée en 1996 à Michel Samarcelli qui l’a trouvée intéressante au point de me l’avoir faite présenter au Directeur du Port autonome de Bordeaux, entité à l’époque chargée des problèmes hydrauliques du Bassin.


L’extractrice de la SAMIN à Marcheprime rejette 70 m3 de sable sec par heure !

Il serait alors possible de charger les lettes* de l’arrière-pays du Cousteau de la Machine (Lège) et de créer des dunes artificielles ou sinon de prolonger le refoulement vers le littoral atlantique, au sud du Grand-Crohot et de renforcer le sommet des dunes avec cette argile après y avoir dégagé des auges de réception.

La décantation naturelle ne polluerait en rien les exfiltrations.

Les dunes seraient rehaussées d’autant et confortées pour un rempart de la future remontée des mers.


Une étude à chiffrer

Ces solutions doivent bien évidemment se chiffrer. Puis s’apprécier sur du long terme et se comparer aux coûts de celles qui ont déjà été mises en œuvre et n’ont rien donné, apparemment.

C’est à l’Etat et à la Région, non pas aux Communes, de se charger du financement de ces travaux d’intérêt général.


*Lette:  dépression interdunaire (voir description wiki) NDLR


Joel Confoulan

Illustrations Copies écran des cartes de Cassini XVIIIe et carte analyse hydraulique du Bassin (J. Confoulan)


A suivre…


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