Edito: Epandage de digestats autour du Bassin (suite)

L’Oeil au Beurre de Lenoir…

Pourquoi des épandages dans les forêts autour du Bassin (suite…)


13/04/19


La suite de notre article de la semaine dernière sur les épandages de digestats en foret autour du Bassin


epandage bassinPlus on soulève le couvercle de cette affaire, plus elle sent une drôle d’odeur, au propre (façon de parler) comme au figuré.

On n’était pas trop concerné par la méthanisation (à part l’usine Smurfitt…) sur le Bassin.


Un grand dess(e)in national

la Loi relative à la Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV) promulguée en 2015, fixait déjà l’objectif national de 10 % de gaz renouvelable (biogaz) dans les consommations de gaz à l’horizon 2030.

Et le président Macron a réaffirmé devant le Haut Conseil pour le Climat, l’importance du Biogaz dans le développement de l’énergie verte. Donc par méthanisation.


Les biogaz et biométhane ne sont pas… bio !

Le bio… Pas toujours bio à voir. De quoi parle-t-on ?


Le Bio-méthane

epandage bassin procede methanisationLes étapes de purification pour passer du biogaz au biométhane ne constituent pas un processus biologique.

Le biométhane porte donc un nom inapproprié. Ce gaz est en fait du simple méthane CH4 sans vertu bio particulière.


Les digestats (résidus de méthanisation) et le digesteur

Rien à voir avec la digestion, comme cela pourrait le laisser supposer. Un digesteur n’est pas un système digestif biologique, c’est un procédé industriel, un réacteur de méthanisation.

Le digestat est le produit de réactions chimiques, après transformation des réactifs (ou intrants de méthanisation). Pour parler clair, ce n’est pas du lisier, ni du fumier.

Les intrants (les déchets permettant la méthanisation) peuvent provenir de différents secteurs : des collectivités, des industries agro-alimentaires ou des stations d’épurations.


Eléments de langage

Ces substrats sont utilisés comme compléments des autres déchets car le potentiel méthanogène des déchets agricoles est généralement peu élevé. C’est là qu’est l’os. Le gaz de méthanisation n’a rien d’un gaz vert.

Des appellations trompeuses, qui facilite l’acceptation par le public des grosses usines de méthanisation gérées entre autres par le géant du secteur Engie-Suez, qui veut déposer ses digestats dans les forêts du Bassin.

Voir tous les détails et explications sur le langage de la « bio »méthanisation, ici (ça vaut le détour).


Un collectif de scientifiques… lance une alerte aux élu(e)s

lettre collectif epandageUn collectif de scientifiques, le Collectif Scientifique National Méthanisation raisonnée (voir la page FB ici) en Géologie, Hydrogéologie, Biologie, géochimie des eaux et des sols..) se rebelle, conteste les prévisions et alerte les élu(e)s sur ce sujet (Voir aussi l’article de SO, ici).

Un peu comme les alertes pour le climat depuis plus 30 ans…


On y trouve professeurs d’universités (de Bordeaux et d’ailleurs), directeur de recherche et chercheurs au CNRS, docteur-Ingénieur du BRGM, ingénieurs agronomes, etc.

On peut penser qu’ils savent de quoi ils parlent. En tout cas, leurs arguments et leur exposé interpelle (Voir tous les détails ici)


Des effets collatéraux… minimisés (sur le Bassin aussi)

epandage bassin procede detailSelon ces scientifiques,

« Les conséquences négatives du développement non raisonné de la méthanisation peuvent être regroupées en grandes catégories :

Impacts sur la biodiversité, destruction de la faune et la flore du sol (micro- et macro-organismes, vers de terre …) et hors sol (abeilles notamment), dus à l’épandage des digestats, sous-produits de la méthanisation.

-Impacts sur les sols, appauvrissement en carbone organique du sol, pollutions dues aux insuffisances d’innocuité des digestats

Impacts sur l’eau, surtout l’eau souterraine, dus à l’infiltration des digestats liquides dans les nappes

Impacts environnementaux (pollutions de l’air, particules fines, NOx et GES)

-Nuisances locales (transport routier, perte de valeur des biens immobiliers situés à proximité des usines et des parcelles d’épandage), mauvaises odeurs dues à des gaz (et leurs retombées sanitaires sur les populations et l’environnement),

-etc.


Et ils terminent en précisant :

« Pour atteindre cet objectif (10% du gaz consommé remplacé par du gaz de méthanisation, NDLR), il faudrait utiliser 18.800 km2 de surface couverte de cultures servant uniquement à alimenter les méthaniseurs. Alors :

-soit ces prévisions sont fondées sur des calculs de l’Etat gravement erronés,

-soit on dissimule le projet de transformer l’agriculture française en la détournant d’une agriculture à vocation alimentaire vers une agriculture majoritairement énergétique, sans que les conséquences aussi bien pour l’alimentation animale ou l’alimentation humaine aient été envisagées et calculées »…./…


N’est-il pas temps que la nature soit également reconnue sujet de droit afin de mieux réguler les activités industrielles et afin de protéger la faune et la flore ?

Sommes-nous sages en prônant une méthanisation à marche forcée sans des analyses adaptées et indépendantes des intérêts particuliers ?


Que des grincheux et des rêveurs, ces scientifiques…

Où vont-ils chercher tout ça ?


A suivre…


portrait MichelMichel Lenoir

(Source CSNM)


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