Histoire: L’époque médiévale sur le Bassin à travers sa monnaie

Les monnaies découvertes au vieux cimetière d’Andernos : Un voyage dans le temps d’avant, sur le Bassin.


1/07/18


Le Bassin a son histoire. Et les membres de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch la content fort bien. Ils éditent une revue régulière à laquelle vous pouvez vous abonner. C’est passionnant, et nous leur ouvrons nos colonnes…

Michel Lenoir, Directeur de Publication



Quand on déplace un vieux cimetière…

SHAA eglise andernos 1900La décision par Louis David, maire d’Andernos, de déplacer le vieux cimetière, situé autour de l’église Saint-Éloi, suivi des fouilles de 1903 par Aurélien de Sarrau, ont permis la découverte de nombreuses monnaies médiévales.


Jean Dumas, historien local (Hautefort, 1902-Andernos-les-Bains, 1990) en a dressé un inventaire dans le Bulletin n°11 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch en 1978.



Des bronzes romains, et de très nombreuses monnaies médiévales…

Si la couche sous-jacente, autour de l’église Saint-Éloi, a fourni des bronzes romains, les fouilles pratiquées dans le vieux cimetière ont permis la découverte de très nombreuses monnaies médiévales anglaises et françaises, féodales et royales, puis d’époques révolutionnaire et moderne.

Elles étaient pour la plupart dans les phalanges des innombrables squelettes ou autour des vertèbres cervicales après avoir été portées en sautoir. Certaines parmi les plus anciennes avaient été déposées, près du défunt, dans son sarcophage. Pas une pièce d’or et rares celles d’argent. Presque toujours, il s’agit de menues pièces de monnaie noire ou de cuivre datées à partir d’Henri III – des mailles, des deniers, des liards, des douzains, tout ce qui pouvait apparaître humilité au moment du passage dans l’autre monde.


… grâce à une coutume d’origine grecque : mettre une pièce dans la main ou la bouche du défunt

Car il s’agit d’une curieuse survivance : la coutume païenne de l’obole à Charon, le nocher (maître d’équipage chargé du transport de l’âme vers le royaume des morts), résistait aux siècles.

Le but était de payer le voyage de l’âme du défunt vers le paradis : on mettait dans sa main, ou bien dans sa bouche, une pièce de monnaie (de l’or pour les plus riches).

Cette coutume est d’origine grecque, les Romains l’ont adoptée, et elle se pratiquait encore à Andernos à la fin du XIXe siècle.


Une longue suite ininterrompue dans le temps, et même au-delà des mers

Les monnaies forment une longue suite à peu près ininterrompue depuis les rois anglais, ducs d’Aquitaine, et les Capétiens du XIIIe siècle jusqu’à la IIIe République en passant par les grands féodaux, les Valois, les Bourbons, les empereurs français.

On rencontre même des pièces aberrantes, étrangères et insolites, assez récentes, ramenées de croisières par des marins. Plus de 200 sont conservées au musée d’Andernos, dans la maison Louis David. Elles sont loin de constituer une collection complète.


Beaucoup de pièces ont été emportées par les fouilleurs ou abandonnées dans les déblais inventoriés de façon sommaire et maladroite.

La couche superficielle actuelle balayée par les grands vents en révèle parfois : la dernière, voici très peu, un denier tournois de Charles VI…



L’inventaire

Si l’on soustrait les bronzes romains, les pièces du musée sont les suivantes, selon l’inventaire dressé par Jean Dumas[1] :

SHAA obole 1– une obole, ou maille d’Éléonore, duchesse d’Aquitaine, puis reine de France et d’Angleterre, qui a pu être frappée entre 1162 et 1154 ou après 1189 (ci-contre),

– une maille de son mari, Henri Il Plantagenet, duc d’Anjou puis roi d’Angleterre en 1154,

– une maille d’un archevêque d’Arles, à crosse lenticulée,

– un denier « au châtel tournois », de Philippe III le Hardi, roi de France en 1270,


–  une obole « au léopard passant », d’Édouard 1er, roi d’Angleterre en 1272 et duc d’Aquitaine,

SHAA Monnaie double denier tournois 2– un double denier tournois « au châtel fleurdelysé » de Philippe IV le Bel, roi de France en 1285 (ci-contre),

 – une obole de Charles de Valois, son frère,

 – un denier (« au lion couronné ») d’Édouard Il, duc d’Aquitaine et roi d’Angleterre en 1307,

– un denier de son fils, Édouard III, « princeps» d’Aquitaine et roi d’Angleterre en 1327,


 – deux deniers dits « esterlings », du même, percés de 2 trous pour colliers,

SHAA monnaie double denier tournois 3 – cinq deniers tournois de Charles VI, roi de France en 1380 (ci-dessous),

 – quatre hardis, ou guénars, « au buste couronné » d’Henri IV, duc d’Aquitaine et roi d’Angleterre en 1399,

 – deux deniers de Charles VII, roi de France en 1422,

 – quatre mailles dites « deniers bourdelais », au lys, de Louis XI, roi de France en 1461,

 – un liard à 2 lys, du même,


– deux liards, dits hardis, de Louis XII, roi de France en 1498,

SHAA monnaie liard au léopard sommé d'un lys de France d’Henri 4– un liard au léopard sommé d’un lys de France d’Henri VI (ci-contre), roi d’Angleterre en 1422 (son père Henri V, après le traité de Troyes, en 1420, était régent et héritier de France),

 – un double denier delphinal, de François 1er, roi de France en 1515,

 – un denier du même type, dauphin à deux lys, et le même de François 1er, à 3 lys et croisette…


Beaucoup d’autres pièces sont consultables dans la la monographie complète de toutes les pièces lisibles est disponible, à l’association Mémoire d’Andernos-les-Bains.

Le nouvel inventaire réalisé en 2016 par Geneviève Vincent, numismate de l’INRAP, indique que toutes les monnaies de la collection du musée d’Andernos-les-Bains (Maison Louis-David) ne sont pas toutes originaires du site.


logo shaapbIB Pratic : Rens et inscriptions auprès de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch au 05 56 54 99 08 ou shaapb@orange.fr.

Adhésion et/ou abonnement pour recevoir le Bulletin ici.

Toutes les infos sur le site shaapb.fr


Sélection thème, Maddie Dessales. Illustrations SHAAPB


 

Pour recevoir par e-mail tous les articles d'InfoBassin...

C’est gratuit


Comments

comments