Humour satirique : Petit Lexique de la Modernitude (Lettres N-O)

Esprit satirique hebdo : Les joies du vocabulaire de la Modernitude (cette semaine, Lettres N-O)


10/08/20


En exclusivité, InfoBassin va vous délivrer toutes les semaines, un cadeau de deux auteurs pour vous rendre le sourire dans cette période tristounette.  Des extraits choisis du livre « Petit lexique de la modernitude », un bijou d’humour satirique, révélateur de certains travers de notre société, en phase totale avec l’esprit satirique d’InfoBassin…

Vous pouvez retrouver les épisodes précédents, ici


Neuneu régressif.

Ensemble de signifiants dans lequel locuteurs et récepteurs se saluent comme le feraient des enfants. Symptôme d’une régression langagière répandue, « Bisou-bisou », « Bye-bye », « Ciao-ciao », « Coucou » et « Salut-salut » remplacent « bonjour » et « au revoir ». Le redoublement utilisé par les très jeunes enfants tient ici une place cruciale.


modernitude N-Bisou ! Forme infantile d’« au revoir ». Doublé, il forme le redoutable « Bisou-bisou ». Accolé à « Ciao-ciao » (« Ciao-ciao-bisou-bisou ! »), c’est un must du parler couches-culottes.

-Bye-Bye ! Au revoir britannique, succès français. Le regretté Jean-Louis Foulquier, créateur des Francofolies de La Rochelle, terminait souvent ses émissions, sur France Inter, par un « babâille » chaleureux.

-Ciao ! Au revoir façon minestrone. Doublé (« ciao-ciao »), fait souvent binôme avec « bisou-bisou ».

-Coucou ! Interjection infantile ululée pour « Bonjour ! », « Salut ! »  et autres mots de bienvenue.

-Salut ! À la fois « bonjour » et « au revoir ». À l’instar du babil qui précède, cette salutation populaire et pluri-centenaire, une fois doublée (« Salut-salut ! »), nous ramène au temps exécrable et apparemment béni où nous étions des enfants. Tous à la crèche !


Note

Parler le neu-neu régressif n’est pas sans risques. Si le doublement salutationnel, classé comme demi-flip ou demi-lutz en patinage lexical, se pratique généralement sans effort, le cherry flip (« Salut-salut, ciao-ciao, bye-bye ! ») peut, à la longue, provoquer de graves lésions au cerveau. Quant au triple salchow lexical, ceux qui l’ont tenté présentent un encéphalogramme plat.


Nickel (chrome) ! Adj. métall.

A remplacé « tip-top », à l’éphémère existence. Avant, il y eut « super », « génial », « cool » et bien d’autres. Notre préférence va clairement à « c’est bath ».


On va dire.

Locution passe-partout, de type invasif. Contrairement à ce qu’elle annonce, ne dit strictement rien de ce qui va suivre dans la conversation. « On va dire » est une ponctuation parlée. Du même tonneau, nous avions « quelque part », « au niveau de »… Les temps (lexicaux) changent, on va dire.


Opportunité (avoir l’). – Angl.

modernitude lettre OA presque totalement remplacé, dans cette acception, et de façon abusive, « occasion », mot qui manquait probablement de chic :

« Le rôle du chasseur de têtes consiste à débaucher un salarié, en poste, afin de lui proposer une opportunité professionnelle a priori plus intéressante que celle qu’il tient en main. » (Olivier de Préville, Société des Écrivains, 2008.)

« Saisir les opportunités d’affaires qu’offre le web ».

La palme de l’embrouillamini revient à ce vendeur de voitures (dont nous ne citerons pas l’enseigne) : « Là où vous trouverez le plus d’opportunités, M’sieur, avec votre budget, c’est dans l’occasion. »


Otage.

Voir : Usager.


A suivre…


NDLR : Les mots en gras avec une étoile sont tous développés dans le livre

audignon modernitude


Vous trouverez d’autres définitions, en intégralité, dans le Petit lexique de la modernitude, de Jean-Marie Audignon et Pierre Laurendeau, Dessins / Signalétique de Michel Guérard. Ginkgo Editeur, collection L’ange du bizarre. 183 pages. 9€. 13cm X 19cm. A commander en librairie, ou sur internet ici ou


-Jean-Marie Audignon habite à Gujan-Mestras. Il a exercé bien des métiers, dont celui de correcteur à Sud Ouest, et de collaborateur du très regretté Pierre Desproges. Il fut aussi fournisseur de sketches pour la série « Merci Bernard » de Jean-Michel Ribes.


Pierre Laurendeau est un spécialiste de la langue française, il a écrit deux ouvrages sur le sujet, collaboré au Nouvel Observateur et codirigé un dictionnaire des difficultés. Plusieurs de ses textes ont été adaptés au théâtre.


Michel Guérard a illustré le livre avec une signalétique toute particulière…


IB


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