Humour satirique : Petit Lexique de la Modernitude (Lettre L-M))

Esprit satirique hebdo : Les joies du vocabulaire de la Modernitude (cette semaine, Lettres L-M)


16/07/20


En exclusivité, InfoBassin va vous délivrer toutes les semaines, un cadeau de deux auteurs pour vous rendre le sourire dans cette période tristounette.  Des extraits choisis du « Petit lexique de la modernitude« , un bijou d’humour satirique, révélateur de certains travers de notre société, en phase totale avec l’esprit satirique d’Infobassin…

Vous pouvez retrouver les épisodes précédents, ici


LBO (Leveraged Buy-Out). – « Achat à effet de levier. »

Technique financière consistant à racheter de grosses PME au carnet de commandes prometteur, mais connaissant des difficultés ponctuelles (par exemple un PDG vieillissant qui n’arrive pas à passer la main…). Un fonds vautour se présente alors, bien habillé, dents blanches, sourire en sautoir, et propose de résoudre les difficultés passagères en s’invitant au festin au moyen d’un « effet de levier » exercé grâce à la dette « rachetée » à prix cassé. Vous suivez ?


Une fois dans la place, le sémillant directeur général du nouveau propriétaire restructure à fond les manettes, cède les « actifs » les plus séduisants, met sur la paille quelques milliers de travailleurs, siphonne la trésorerie pour rembourser la dette au plus vite et revend la coquille vide au plus offrant, empochant au passage une confortable plus-value (de préférence logée dans un paradis fiscal).

« La méthode de ces financiers est connue […] : [ils] achètent des créances à bas prix afin de constituer une position de prêteur incontournable […]. C’est ce qui s’est passé en 2014 sur le groupe textile Vivarte. Le fabricant de vodka Belvédère ou encore Frans Bonhomme, le distributeur de tuyaux, ont aussi connu ce type de mésaventure. » (Le Monde.fr, 2/10/2014.)



Lignes (faire bouger les).

modernitude bougez les lignes« Modifier, faire changer, bouleverser les choses ».

Bien qu’on ne sache pas s’il s’agit de lignes de pêche, d’horizon, de démarcation ou de lignes de fuite, l’expression, en période électorale, sert beaucoup.

Quel candidat, en effet, n’affiche point la ferme intention d’opérer un changement dans la façon de gouverner, et d’envoyer bouler les vieilles lunes pour, enfin, installer une politique moderne ? Tous vont donc faire bouger les lignes, casser les codes*, voire, s’ils sont énervés, renverser la table.


« Nous avons pu faire bouger les lignes et nous avons les soutiens de nombreux producteurs européens @LaBananeDurable. » (Tweet d’outremers360, 5/4/2017.)

À moins qu’ils n’aient, plus modestement, modifié leurs intentions : « Le débat présidentiel a-t-il pu faire bouger les lignes chez les Insoumis de Mélenchon ? » (Marianne, 5/5/2017.)



Macronie.Pol., médias.

Le mot n’a pas encore trouvé place dans le dictionnaire, mais il recouvre un ensemble de stratégies et de concepts propres au monde des affaires, dont notre président « jupitérien » est le plus fervent représentant.

Le message d’un de ses proches collaborateurs résume le futur de la multinationale France, au capital de soixante millions de gogos et de quelques affairistes satisfaits :  « Le brief des helpers ne tient pas compte du vrai challenge ni du benchmarking ; il faut organiser un coworking sur le feedback pour le pole event et, au bout du process, trouver un claim qui soit snackable. En plus, ce sera cool pour le team-building. »


D’après le journal Libération (3/7/2017) qui rapporte cet invraisemblable gloubi-boulga communicationnel, cela signifierait, en vrai français d’autrefois : « La proposition des militants passe à côté du vrai défi et ne tient pas compte de ce qui se passe ailleurs. Concertons-nous sur les retours d’expérience pour proposer aux organisateurs du meeting un slogan court et clair. De surcroît, ce sera bon pour l’esprit d’équipe. »



Marchés.Éco.

Sorte de monstre protéiforme, omniscient, omnipotent, véritable dieu du capitalisme financier triomphant. Aucune décision de politique intérieure ni de stratégie mondiale ne se prend sans consulter « les marchés ».

Les Marchés sont fatigués est le titre d’un roman d’anticipation sociale de Sylvain Jouty paru en 1997. Tout s’y vend, jusqu’aux patronymes : on y croise un Romuald Radiateur ou un Pantaléon Matelas, obligés de se choisir des noms communs pour avoir cédé le leur.

Raisonnement poussé à l’absurde, certes, mais que les dérives actuelles du capitalisme ne font que confirmer : brevetabilité du vivant, produits financiers indexés sur des catastrophes climatiques… Voir aussi : *Indicateurs.


A suivre…


NDLR : Les mots en gras avec une étoile sont tous développés dans le livre

audignon modernitude


Vous trouverez d’autres définitions, en intégralité, dans le Petit lexique de la modernitude, de Jean-Marie Audignon et Pierre Laurendeau, Dessins / Signalétique de Michel Guérard. Ginkgo Editeur, collection L’ange du bizarre. 183 pages. 9€. 13cm X 19cm . A commander en librairie, ou sur internet ici ou


-Jean-Marie Audignon habite à Gujan-Mestras. Il a exercé bien des métiers, dont celui de correcteur à Sud Ouest, et de collaborateur du très regretté Pierre Desproges. Il fut aussi fournisseur de sketches pour la série « Merci Bernard » de Jean-Michel Ribes.


Pierre Laurendeau est un spécialiste de la langue française, il a écrit deux ouvrages sur le sujet, collaboré au Nouvel Observateur et codirigé un dictionnaire des difficultés. Plusieurs de ses textes ont été adaptés au théâtre.


Michel Guérard a illustré le livre avec une signalétique toute particulière…


IB


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