Le CET d’Audenge : Sauver encore ce qui peut l’être (vidéo)…

De le décharge de village … à 47 ha de déchets enfouis : le CET, un monstre sous cloche… (Vidéo)


12/2/16


La mairie d’Audenge présentait ce 3 février à la population les nouvelles mesures de traitement visant à limiter les nuisances environnementales du Centre d’Enfouissement Technique. Au-delà de ces travaux, nous proposons à nos lecteurs un petit rappel historique et une analyse de la situation qui s’imposent …  


Un peu d’Histoire

CET carteAu commencement fut une simple décharge de village. Une décharge d’une petite ville qui accueillit ensuite les déchets dont personne ne voulait. Elle enfla jusqu’à s’étendre sur 42ha et devint la 2ème décharge d’Aquitaine, haute de 32m, avec 2 millions de tonnes de déchets dans le bassin versant Est du Bassin d’Arcachon.

Jusqu’en 2008, les riverains et les enfants du collège se plaignaient des yeux qui piquaient et de la gorge qui grattait. Et pour cause.  Quand la l’équipe de N. Le Yondre commence les premières constations et mesures, ce sont 20Millions m3/an de gaz de décomposition qui vont bruler, issus de la décharge, soit 2000m3/h… Un taux ahurissant.


Comment en est-on arrivé là ?

Cette installation a été autorisée par l’arrêté préfectoral du 6 février 1974 et en dernier lieu par l’arrêté préfectoral du 26/10/2006 qui fixe notamment l’arrêt d’exploitation au 31/12/2007.

L’installation de stockage se présente en 3 zones d’exploitation distinctes, à savoir :
la zone A (d’une superficie de plus de 14 ha), localisée sur la partie Est du site, correspondant à la zone la plus ancienne de stockage des déchets ménagers et assimilés. Des travaux de réhabilitation ont été réalisés sur cette en zone dans les années 2000.

la zone B (d’une superficie de plus de 16 ha), localisée sur la partie centrale du site, en fin d’exploitation depuis le 31 décembre 2007. Elle était principalement consacrée au stockage des ordures ménagères et des déchets industriels banals. La zone B est également concernée par un centre de tri de résidus propres et secs, un casier d’amiante liée exploité depuis 1997.
la zone C (d’une superficie de plus de 9,5 ha), localisée sur la partie Ouest du site, en fin d’exploitation depuis le 31 décembre 2007. Elle était réservée aux Résidus de Broyage Automobile (RBA).


F. Gadoud à la manœuvre …

Les anciennes municipalités d’Audenge sont évidemment responsables (mais pas coupables…) de ce monstre.

Mais d’autres en ont aussi profité de droite ou de gauche, comme l’explique Francis Gadoud, ancien maire d’Audenge de 1995 à 2008. Il décrit sa vision de la situation, 8 mois après avoir quitté la mairie, le 10 octobre 2008 (voir le dossier de notre confrère bassindarcachon.com, qui évoqua l’affaire à cette époque),

«  Je tiens à préciser que s’il y a pollution, celle-ci proviendrait en grande partie de la zone A et de la zone S (Sytomog et Onyx) où 500.000 tonnes de déchets ont été entreposés entre 1973 et 1995 sans aucune protection et aucun contrôle et conformément aux directives en vigueur de l’époque. …/…On me parle aujourd’hui de pollution, dont je devrais un jour rendre compte selon certaines personnes. Mais il me semble que pour beaucoup il était « confortable» d’avoir un centre d’enfouissement à Audenge et d’en laisser la responsabilité et les inconvénients au maire… »

Cela a le mérite de la clarté.

Il poursuit  : « En ce qui concerne le ruisseau du Ponteïls, des analyses régulières sont faites, en amont et en aval du site, par un laboratoire agréé et par le Siba. L’impact des eaux issues du CET est négligeable par rapport aux autres rejets (maïs, carottes …). »

On va voir que ça n’est pas tout fait l’avis de tout le monde…


Quel est le problème majeur ?

CET audengeLa pollution par les lixiviats, ces « jus » issus des déchets en décomposition emportés par les eaux de ruissement (pluie) ou les nappes souterraines qui se déversent depuis plus de 30 ans dans le Bassin. Car, quoique fermé, depuis le 31 décembre 2007, le CET n’a pas été mis en sécurité.

L’association Vigie Décharges Audenge écrivait déjà de son coté en septembre 2006 dans un communiqué :

« La contamination du ruisseau du Ponteil par l’actuel CET est importante. Elle contribue grandement à l’apport d’éléments azotés favorisant les risques d’eutrophisation dans la lagune d’Arcachon. L’ammonium dans cette étude est un marqueur de pollution, il indique un épanchement de lixiviats dans le Bassin d’Arcachon ce qui implique l’écoulement de polluants d’autres types, chimiques et bactériologiques à l’impact gravissime sur l’écosystème lagunaire.

Le ruisseau du Ponteil se jette dans le Bassin d’Arcachon, milieu semi-fermé où les polluants s’évacuent d’autant plus difficilement. Ces données apportent un argument fort sur la nécessité de faire cesser l’activité de l’actuel CET d’Audenge d’une part, de le réhabiliter au plus vite d’autre part et surtout de ne pas reproduire la grave erreur d’implanter un centre de stockage de déchets à proximité d’un cours d’eau se jetant dans un système lagunaire aussi exceptionnel et fragile que le Bassin d’Arcachon. »

Entre 2006 et 2008 près de 100.000 tonnes de déchets ont été enfouies clandestinement par des dirigeants du groupe Edisud. Ils ont été condamnés pour escroquerie et corruption à 18 mois de prison avec sursis et 50.000 euros d’amendes. Mais c’était la face visible de l’iceberg… D’autres personnes ont aussi mis le doigt dans le pot de confiture dans cette affaire sans être éclaboussées, faute de preuves. L’affaire avait fait un peu de bruit avant de retomber, chassée par d’autres faits d’actualité.


L’ex-décharge devenu CET, aujourd’hui …

Nathalie Le Yondre n’a pas eu la partie facile en reprenant la mairie en 2008. Le dossier ne pouvait être géré seulement au niveau municipal financièrement. Le SIBA puis l’État, par le biais de l’ADEME, sont venus en aide à la commune. Mais il aura fallu 8 ans pour que le site soit enfin traité, pour assurer son étanchéité et collecter les jus de déchets avant qu’ils ne s’écoulent dans le Bassin.


Cette année vont donc s’achever les derniers travaux présentés ce mardi à la mairie


Les travaux à venir


Conclusion des études de diagnostics présentées

« La couverture n’est pas étanche, car de mauvaise qualité.../.. Le système de drainage est endommagé, bouché.../… Présence de polluants dans la nappe. Production de lixiviats en grande quantité qu’il faut stopper…/… Mauvaise tenue des talus car pentes trop importantes. Mauvaise gestion des eaux de ruissellement… »

Rien que ça.


Objectifs des travaux mis en œuvre, dès ce mois ci

public cet audenge « Décapage de la terre (avec réutilisation), terrassement avec remodelage des déchets, reprise des effondrements…/… Mise en œuvre d’une couverture étanche sur 20 ha (PEHD)…/… Recouvrement de terres végétales…/…Gestions des eaux de ruissellement et de drainage…/… Reprise des réseaux de lixiviats et de biogaz…/… Ensemencement…/…Reprise des voies de circulation sur le site. »

Les tracto-pelles vont avoir du travail…

Pourtant dans la partie A, la plus ancienne, là où les déchets ont été ensevelis profondément, là où ils baignent régulièrement dans la nappe phréatique, la protection en surface sera peu efficace, car l’eau vient par en dessous.


Le reportage vidéo

Cette réunion a été l’occasion de plusieurs échanges riches d’enseignements avec le public présent. Vous en trouverez quelques uns. Et puis nous avons demandé son avis à Anne-Aurélie Raymond, chercheuse à l’INSERM, ancienne présidente de Vigie Décharge, et qui avait sonné l’alerté sur les dangers de pollution … en 2006 ! Ce qu’elle nous raconte est assez incroyable…



Et après ?

La solution serait l’excavation puis le nettoyage de toute la zone. C’est possible, mais c’est cher. Trop cher, pour une finalité non mesurable à court terme.

Dans cette affaire, au final près de 9 M€ auront été engloutis pour limiter ce qui peut l’être.

Dans cette affaire, quelques personnes auront gagné beaucoup, au prix du sacrifice de la flore et de l’éco-système du Nord Bassin, axphyxiés par les lixiviats.

Dans cette affaire, des hypothèses sérieuses permettent de penser qu’ils continuent, invisibles, à ruisseler par les nappes souterraines qui s’écoulent ou ressurgissent dans le Bassin. Mais qui voudra les vérifier ? D’autres facteurs polluants pénètrent aussi dans les nappes. L’ancienne décharge d’Audenge n’est pas la seule en cause.

Le Parc naturel marin aura bientôt la capacité de commander au SIBA d’effectuer des mesures.

Un sujet qui pourrait peut-être intéresser les ostréiculteurs qui cherchent des raisons à la mortalité du naissain …


Pour un historique détaillé de la décharge et du CET et des actions menées, voir ici


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michel L 2 okMichel Lenoir


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