Aux prochaines élections, va-t-on voter dans les églises ?

Le coupe de plume du Dimanche…

Après les crèches, bientôt des moulins à prières, des cubes noirs, et des chandeliers dans les mairies (sympa !)


23/10/16


lenfer-des-crechesDepuis toujours en France, les crèches de Noël ont été proposées au regard des enfants petits et grands dans les églises. Le lieu s’y prête évidemment magnifiquement.

Chaque diocèse rivalisant pour avoir, qui la plus grande, qui la plus jolie, voir même la plus vivante avec des figurants. Les candidats pour le rôle de l’âne étant toujours les plus difficiles à recruter.

L’enfant Jésus est en général remplacé par un poupon (bien blanc de préférence, même si tout indique que dans le contexte local, il avait peut-être la peau un peu basanée).


Donc, de grandes, belles, magnifiques représentations de la Nativité, ont même été déclinées dans les vitrines de grands magasins en mal d’inspiration. Du classique, ça marche toujours, pour attirer le chaland et proposer les cadeaux de Noël à la mode de l’année.

Avec le Père Noël, cette ordure, qui fait pleurer les enfants assis sur ses genoux pour la photo. Mais ça, c’est une tradition païenne.

Jusque-là, on reste dans l’ordre des choses.


Des crèches… dans les mairies ?

Et puis, voilà que depuis quelques années, l’idée saugrenue est venue à certains, qui sans doute, n’aiment pas l’ambiance sereine, pieuse et propice à la méditation et la sagesse des églises, d’installer des crèches dans les mairies.

Dans les mairies, les conseils départementaux, l’hôtel de région, les ministères, et bien sur in fine, l’Elysée, avec lors e journées du patrimoine, des visites guidées par Lou ravi (de la crèche…)

Juste une question : Dans quel but vouloir mettre des crèches dans les mairies ? Est ce parce que les églises se vident inexorablement, obligeant les curés à courir d’une paroisse à l’autre, et les laïcs à célébrer des offices ?

D’autant que chacun sait que pendant les fêtes, les mairies ne sont guère les lieux les plus fréquentés.

Alors ?


Quelques chiffres pour clarifier la situation : 63% de la population française non religieuse…

En France, avoir un recensement  très précis concernant le nombre de croyants et de pratiquants est interdit par la loi. Et c’est tant mieux. Mais un sondage effectué par l’IFOP en 2012, sorti fin 2013, représentant la typologie de la population vivant en France (âge, classe sociale, répartition géographique, niveau d’étude, etc) montre que, la population se déclare pour 37% religieuse, 34% non religieuse ou agnostique, 29% athée convaincue, 1% ne sait pas répondre (Le total de 101% est du à l’arrondi des pourcentages). Même en accordant une large marge d’erreur, la pensée religieuse ne domine guère la société française…

Et si beaucoup de croyants catholiques pratiquants ne sont évidemment pas opposés aux crèches dans les mairies, ils n’en voient juste pas l’intérêt. Ils sont heureux de retrouver une crèche pour Noël dans leurs lieux de prières préférés.


Quelques fondamentaux

La loi de 1905 garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, en spécifiant que la religion fait partie du domaine privé. L’espace public est neutre, afin de ne heurter aucune sensibilité religieuse ou non. Dans les mairies, Marianne réunit tous les français qu’ils soient croyants ou pas, pauvres ou riches, jeunes ou vieux, gros ou maigres, beaux ou moches, de droite ou de gauche.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler qu’après les attentats de novembre 2015, l’Association des maires de France (AMF) avait considéré que la présence de crèches de Noël en mairie n’était pas compatible avec la laïcité et avait souhaité une clarification législative.


Accepter les crèches, c’est accepter aussi les autres « manifestations culturelles religieuses » en mairie.

Nous vivons dans un mode en furie, où des fanatiques religieux, quelque soit leur culte, veulent imposer leur loi au nom d’un dieu, au dessus de la loi républicaine. Ils distillent la peur, le repli sur soi, la haine de l’autre.

Si le Conseil d’Etat valide une telle disposition en suivant son rapporteur, il faudra être capable d’accepter que les Juifs exposent une belle Menorah (chandelier à 7 branches) pour Hanoucca, car c’est un très bel objet décoratif. Que les Musulmans nous proposent une déco orientale, avec une Kaaba noire (cube sacré de La Mecque) et du couscous le soir, durant le mois du Ramadan. Que les Bouddhistes déposent 7 bols pour les offrandes à coté du gong, des drapeaux ou moulins à prières. Etc.

On ne verra ni étoile de David, ni croissant, ni Bouddha, ni aucun symbole strictement religieux.

Il suffira, comme pour la crèche, selon le rapporteur, que cette exposition soit «temporaire», qu’elle ne s’accompagne d’aucune manifestation de «prosélytisme religieux» et enfin qu’elle revête le «caractère d’une manifestation culturelle ou au moins festive»,

Dans un souci d’équité, le Conseil d’Etat ne pourra pas le leur refuser, grâce au précédent créé cette année pour les crèches.


Sacrée ambiance sur les parvis de l’hôtel de ville

Evidemment, les maires seront ravis de ces possibles animations d’un nouveau genre. A chacun son tour, évidemment. Il va y avoir une sacrée ambiance, à défaut d’ambiance sacrée sur les parvis. Puis, finalement, par réciprocité, on utilisera les lieux de culte comme espace de réunion, de rencontres, d’animations. Et pour les prochaines élections, le confessionnal deviendra isoloir.

Sûr que ça va séduire les pêcheurs… à la ligne.


portrait MichelMichel Lenoir. Illustration copie écran dessin Nawak


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