Athlétisme à Londres : Les commentateurs français, champions du monde …

Analyse lexique (et agacée) des commentaires du championnat du monde d’Athlétisme 2017…


16/08/17


journaliste copie heloisejunierLes seizièmes championnats du monde d’athlétisme 2017 sont terminés. Du 4 au 13 août, nous avons pu assister, dans le stade olympique de Londres (et dans la ville, pour la marche et le marathon), in situ ou de notre canapé, aux exploits de centaines d’athlètes.

Pour ce qui nous concerne, c’était plutôt le canapé, et, pour la « grand-messe de l’athlé», nous eûmes droit aux commentaires des officiants sur France 2. Soit le pétulant Patrick Montel, l’encyclopédique Alex Boyon, le sémillant Nelson Monfort dans le rôle de l’interprète multilingue, et comme consultants, les champions Stéphane Diagana et Christine Arron.

L’on gagna des médailles, l’on fut sportivement content.


Les nouveaux lieux communs…

Lexicalement, en revanche, ce fut plutôt moyen. Pour les raisons qui suivent.

Le vocabulaire employé durant ces deux semaines fut avant tout à la gloire de la France, mais,le chauvinisme étant au sport ce que la chaussette est au pied, on ne s’en étonnera pas.

On entendit par ailleurs cent fois encenser les chefs d’entreprise, au point de se croire à un meeting apologétique du CNPF (pardon, du Medef) : « C’est lui, le patron du 1.500 ! », « Les voilà, les patronnes du saut ! », « Il a pris ses responsabilités dans le dernier tour, le vrai patron c’est lui! », « C’est qui, le patron, hein Alex ? »… ad nauseam.


Les tauliers, la confrérie laitière, et celle des garde-barrières

Furent conviés aussi à de nombreuses reprises les patrons hôteliers (bien que le mot signifie à la fois gérant d’hôtel et maquereau), via « taulier » : « Machin, c’est le taulier de la discipline », etc.

Sans oublier la confrérie laitière, puisqu’il y eut, lors de ces championnats du monde, moult « écrémages » : « La barre d’écrémage, elle se situe où pour vous, 1,97 mètre ou plus haut? », « Les trois premier lancers pour l’écrémage ; après… », « Avec 2,23 au kilo [on serait tentés de penser que s’il est question de légumes du marché, le prix n’est pas exagéré, mais il s’agit en fait de minutes et de secondes], Stéphane, l’écrémage va être rapide ».

Ajoutons la confrérie des poseurs de barrières, car l’on clôtura beaucoup : « Eh bien on va clôturer cette deuxième journée…», « Les relais, qui vont clôturer ces championnats »… là où le verbe « clore » eût été nécessaire. Mais on ne demande pas à des journalistes sportifs d’être des lexicographes, encore moins des poètes. D’ailleurs, l’incident est clos.


Ne rien lâcher, mais tout donner…

Reste deux expressions suremployées par ces valeureux serviteurs de la télévision publique, et qui nous laissent perplexes : « Tout donner », d’un côté ; « Ne rien lâcher », de l’autre. « Il faut tout donner, là, Mélina, lors de ce dernier jet ! », « Il a tout donné, Mahiédine, et pourtant… », « Il n’a rien lâché du début à la fin de la course », « Elle a ses chances, mais elle ne doit rien lâcher si elle veut la victoire ».

Deux images, deux actions antagoniques, opposées, contraires. Quoi, ce repli sur soi, cette fermeture (« ne rien lâcher ») et ce don total, cette ouverture (« tout donner ») pourraient cohabiter dans le monde du sport ? On n’a pas la réponse.

Après réflexion, il est tout à fait possible que Pierre-Ambroise Bosse l’ait, lui, la réponse. Il faudrait lui poser la question…



audignonJean-Marie Audignon

Correcteur à Sud Ouest, collaborateur du très regretté Pierre Desproges, fournisseur de sketches pour « Merci Bernard » de Jean-Michel Ribes, et auteur de fables décapantes, J-M. Audignon, Gujanais, s’exprime aussi sur InfoBassin…

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(Illustration copie écran heloisejunier.com)


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