Les stars oubliées du Bassin : Sarah Bernardt (Ep 11)

Quand les vedettes venaient (déjà) sur le Bassin d’Arcachon…

Aujourd’hui : Sarah Bernardt


Voici une série sur l‘histoire des stars d’autrefois, venues sur le Bassin. Patrice Vergès, journaliste, ancien critique de cinéma, nous propose des rencontres et des souvenirs.

Michel Lenoir, Directeur de Publication


13/08/17


Nous continuons notre saga avec Sarah Bernardt écrit avec l’aide bienveillante et amicale de Bernard Eymeri


13 mois à Andernos

verges sarah bernardComme pour de nombreux Français, la déclaration de la guerre entre l’Allemagne et la France le 1er septembre 1914, bouleversa la vie de la tragédienne Sarah Bernard alors au sommet de sa carrière.

A presque 70 ans, la grande comédienne était une véritable diva qui mettait sa vie privée, devenue publique, en scène.


Elle avait interprété plus de 150 pièces notamment « Ruy Blas dès 1872 et plusieurs fois » La Dame aux Camélias » ou « L’Aiglon » (à 56 ans !) et même tourné quelques rôles au cinéma encore muet. Elle venait d’obtenir la Croix de la Légion d’Honneur pour son rôle actif d’avoir répandu la langue française dans le monde entier.

En effet, elle s’était produite lors de ses nombreuses tournées aux USA, Angleterre et Russie et Canada.


Depuis de nombreuses années, la comédienne souffrait du genou droit suite à une maladie. Sa douleur ne faisait que croître et ayant de plus en plus de difficultés à se déplacer, ses rôles au théâtre étaient souvent aménagés pour éviter sa souffrance et ses déplacements scéniques.


Nombreuse tournées

Sarah Bernardt avait de gros besoins financiers en subvenant aux besoins de son fils l’oisif Maurice et d’un personnel pléthorique à son service sans omettre l’entretien de son théâtre , de son hôtel particulier du boulevard Pereire et d’un fortin qu’elle avait acheté à Belle-Isle.

C’est là qu’elle allait se reposer entre ses nombreuses et incessantes tournées exigées par son train de vie dispendieux.


Sous les conseils de Georges Clémenceau et de peur que les Allemands n’envahissent Paris, Sarah Bernhardt désemparée décida de quitter la capitale. Ou aller ? Elle songea à Belle-Isle mais elle eut la crainte d’être bloqué sur cette ile à cause de la réquisition des bateaux par le gouvernement.

Un de ses amis lui conseilla le Bassin d’Arcachon notamment Andernos qu’elle avait connue lors d’une tournée et dont elle ne gardait, d’ailleurs pas un excellent souvenir. L’actrice avait de plus en plus de difficultés pour se mouvoir avec une douleur au genou qui s’est accrue depuis qu’un médecin avait eu la mauvaise idée de le lui plâtrer.


Sarah Bernardt à Andernos

Verges sarah bernard groupe ohotoQuelques jours plus tard, le 8 septembre 1918, Sarah Bernardt arrivait à la gare d’Andernos-les-Bains.

Elle y loua une jolie petite villa nommée Eureka qui venait d’être construite (mais qui, hélas a été détruite en 1975).

Dans cette petite ville, loin de la folie mondaine parisienne, Sarah Bernard trouva le calme mais aussi l’ennui, recevant assez peu de visites à cause de la guerre, excepté le peintre Clairin, partageant sa vie entre la lecture et la peinture.


Sa présence dans ce petit village qui ne comptait que 1500 habitants suscita quelque intérêt plutôt positif auprès des Andernosiens, lorsqu’ils la voyaient se promener poussée dans sa petite charrette.

Elle avait été rejointe par sa petite-fille Lysiane devenue sa secrétaire qui écrivit d’ailleurs un livre sur sa grand-mère au sortir de la guerre en 1945. Hélas à l’ennui s’ajoutait la douleur devenue insupportable qui l’obligea à envisager l’amputation.


Amputation à Bordeaux

C’est en février 1915 qu’elle fut amputée à Bordeaux par un chirurgien des armées (le professeur Denucè, adjoint de Xavier Arnauzan). Elle rentra dans sa villa pour poursuivre sa convalescence en mars. Rétablie, le 15 août 1915, elle accepta de participer à un grand gala de bienfaisance donné à Andernos en hommage aux poilus où elle ne récita que deux poèmes. On se doute que sa participation attira beaucoup de monde.


« Elle jouait mal « 

Après s’être beaucoup ennuyé, Sarah Bernardt quitta néanmoins à regret Andernos vraisemblablement en octobre 1915. Malgré son handicap, elle reprit ses tournées théâtrales notamment son rôle fétiche de « La dame aux Camélias » à plus de 70 ans ! Elle joua jusqu’à ce que la mort la surprenne en 1923 à l’âge de 79 ans.


Sarah Bernhardt était célèbre pour sa diction chantante et saccadée et son jeu scénique emphatique et très daté du moins après 1900. Elle donna le jour à l’expression  » C’est une Sarah Bernardt  » employée lorsqu’une personne joue visiblement trop la comédie.

J’ai eu la chance de rencontrer la comédienne Arletty il y a longtemps. Nous avions évoqué Sarah Bernardt qu’elle avait vu jouer dans sa jeunesse. Je me souviens encore de la petite voix aigrelette d’Arletty qui m’avait avoué  » Ce qu’elle jouait mal, la vache ! « …


Légendes

Photo haut : Sarah Bernardt (1844/1923)

Photo bas : Sarah Bernard devant la villa Euréka avec son ami le peintre Clairin à gauche et sa petite-fille Lysiane



patrice verges retailléPatrice Vergès  (Merci à Michel Boyé)

Journaliste, romancier (page FB ici) (Illustrations : Copie écran Archives et documentation Patrice Vergès)


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