Histoire : La création juteuse des marais salants de Lanton (1/2)

Lanton au XVIIIe siècle : La mise en valeur des atouts de la région


6/02/19


Le Bassin a son histoire. Et les membres de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch (SHAAPB) la content fort bien. Ils éditent une revue régulière à laquelle vous pouvez vous abonner. C’est passionnant, et nous leur ouvrons nos colonnes…

Michel Lenoir, Directeur de Publication



1ère partie : Jean-Baptiste Simon, dit « Langouran », commerçant avisé… et anobli.

D’après Pierre Labat (1920-2013)


Bien que les marais salants de Lanton soient, avant tout, l’œuvre du Marquis de Civrac, c’est un personnage peu connu des habitants d’aujourd’hui qui est à l’origine des salines de Lanton au XVIIIe siècle et qui a participé à la mise en valeur de notre région à cette époque.

shaa salines actuellesIl s’agit en fait, de Jean-Baptiste LANGOURAN, né le 12 octobre 1728 à Bordeaux et dont les parents ont une corderie située sur le quai Sainte-Croix.


Son véritable nom est SIMON, le nom de Langouran venant de son grand-père originaire de Langoiran et qui, comme cela se faisait régulièrement à cette époque, avait été surnommé ainsi (c’était son « chaffre »).

C’est ensuite par une simple déformation du nom lors de l’enregistrement dans les actes de l’Etat-Civil qu’il passe de Jean-Baptiste Simon à Jean-Baptiste Langouran (alors que ses deux frères sont enregistrés sous le nom de Langoiran). Il conserve ce nom toute sa vie, refusant ou négligeant de le faire modifier et le transmet même à ses enfants.


Après de longues études à la Sorbonne, il entreprend une carrière dans le domaine commercial, notamment avec les Antilles et en particulier la Martinique.

Dans le souci de diversifier ses placements, il achète des navires et acquiert principalement des maisons, des immeubles et des terrains sur lesquels il construit à Bordeaux.


Il va investir ensuite dans deux opérations de grande ampleur :

– L’achat d’un vaste domaine agricole dans l’Entre-deux-Mers (la propriété « Vacher » ou « Gauvin ») dans la Palu de Saint-Louis-de-Montferrand (33) tout en continuant ses opérations immobilières lui permettant de faire face à ses besoins financiers.

– Ayant fait fortune, il couronne sa réussite par une nouvelle acquisition qui le fait entrer dans la noblesse de robe. En effet, le 27 février 1764, Jean-Baptiste Mercier, Président-Trésorier de France au bureau de Guyenne, vend à Jean-Baptiste Langouran « l’office de Conseiller-Secrétaire du Roi en la chancellerie du Parlement de Navarre avec revenus, émoluments, privilèges de noblesse, exemptions financières et franchises ». Comme beaucoup d’autres, il s’est anobli.


Les salines de Lanton

Le Marquis François Emery, Comte de Civrac, décide, en 1764, de mettre en valeur les immenses terres incultes de sa « Seigneurie et terres de Certes » et plus particulièrement les côtes et prés salés des trois paroisses qu’il fait endiguer et aménager de 1764 à 1772.

Sont concernées alors l’île de Maleprat à Biganos, les côtes d’Audenge et celles de Lanton jusqu’au port de Cassy où se terminent les prés salés.


SHAA lanton carte de masse

Carte de Masse de 1708 : Les prés salés de Branne et le rivage de Certes, futurs marais salants. Doc Jean Marie Froidefond

Deux considérations sont prépondérantes dans l’intérêt de ces aménagements :

– En premier lieu, le prix du sel qui s’avère particulièrement lucratif à ce moment-là.

– Puis le 20 septembre 1768, un arrêt du Roi lui accordant le bénéfice de l’exonération des taxes spécifiques sur le sel (la gabelle) qui s’avèrent extrêmement lourdes. En fait, tout l’intérêt de Certes va reposer sur ces avantages.


Le coût des travaux d’aménagement du domaine dépassant largement les possibilités de la trésorerie du Marquis de Civrac, il lui faut trouver des partenaires auxquels il concède toutes les côtes, à l’exception de la « Pointe de Branne ».


Ce sont des amis, des aristocrates qui même s’ils ne sont pas des financiers, réussissent à trouver les sommes nécessaires, persuadés qu’ils sont d’avoir trouvé là le bon filon.

Au milieu de l’année 1770, Biganos et Audenge sont endiguées.

Ne restent que Branne, Certes et Lanton.


Contrairement à ce qu’il a fait jusque-là, le Marquis de Civrac ne fait pas appel à ses amis, mais à l’armateur Langouran qui est alors en pleine prospérité.

Le contrat est signé le 2 octobre 1770 à Bordeaux.

Il est prévu que sur les terres de Lanton, on aménage 75 livres de marais salants (une livre équivaut à 2,2 hectares).


Les prévisions financières sont particulièrement intéressantes et doivent permettre d’amortir en cinq ans le montant des investissements qui s’élèvent à environ 140 0000 livres.

Mais tout se ne passera pas comme prévu…


A suivre ! La semaine prochaine



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Illustrations SHAAPB


 

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