L’école de Boissière à Audenge fin 19e (2/2)

M. de Boissière et les écoles d’Audenge : Une volonté d’instruire les enfants, hors carcan clérical (2/2)

Suite et fin de notre article sur les écoles d’Audenge au XIXe siècle (voir ici)


27/04/19


Par Jean-Marie Blondy, d’après Pierre Labat (1920-2013), BSHAA n°121 et 123.


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Michel Lenoir, Directeur de Publication


Ernest Valeton de Boissière, porteur de valeurs humanistes, appliquées à l’éducation


De la garderie à l’école maternelle privée et laïque

shaapb de boissieres audenge labatM. de Boissière, propriétaire du domaine de Certes et qui succède à son père à partir de 1843, est un polytechnicien très imprégné des idées philosophiques et morales prônées par Saint-Simon et Fourier.

Elles seront toujours présentes tout au long de sa vie, elle-même hors du commun puisqu’il va mener de front l’exploitation rationnelle de son domaine d’Audenge avec les expériences d’ordre économique et social, montées de toutes pièces dans l’État du Kansas en Amérique où il s’est installé.


M. de Boissière manifeste très tôt son intérêt pour l’école et la formation des enfants. À peine âgé de 26 ans, il achète en 1842, alors qu’il commence à travailler avec son père, une maison de saunier (la vente du sel est en chute et les sauniers ne peuvent plus rester dans ces lieux).

Elle se trouve très proche de la future école maternelle. C’est semble-t-il, à cet endroit qu’il aménage une garderie pour jeunes enfants, qu’on appelle alors une « salle d’asile ».


Préfiguration de l’école maternelle

Pour l’encourager dans son œuvre philanthropique, le préfet de la Gironde lui accorde une petite subvention en 1843. Cette création préfigure, en quelque sorte, la future école maternelle. Pour l’agrandir, Boissière achète, en 1849, une autre maison de saunier.

On peut imaginer que pendant de longues années, cette école maternelle fonctionne dans de bonnes conditions, car il faut attendre 1880 pour que les bâtiments soient détruits afin de permettre l’édification de la nouvelle école maternelle.

Envisagée en 1876, elle va traverser le 20e siècle avant d’être convertie cette fois en bibliothèque municipale et partiellement en gendarmerie.


Mettre les enfants à l’abri du vagabondage

En mai 1880, Boissière s’inquiète de trouver une institutrice qui convienne à ses exigences, « il faut qu’elle soit pourvue du brevet de salle d’asile et qu’elle ne soit pas cléricale, ni surtout idolâtre de la Vierge Marie »


Shaapb mairie ecole et allees audenge 19e siecleEn septembre 1880, dans un courrier au maire Jacques Duvigneau, il donne ses avis au sujet des écoles et de l’éducation des enfants :

« L’ouverture de l’établissement mettra les jeunes enfants de la commune à l’abri du vagabondage. Les garçons ne sont pas en général d’une propreté exemplaire et j’espère que l’institutrice leur rappellera qu’ils ne sont pas chez eux, mais logés gratis par un ami et doivent réprimer leurs penchants mauvais.

J’espère que l’institutrice de la salle d’asile sera anticléricale, mais non anti-religieuse. Je ne proscrirai ni la prière, ni l’enseignement de l’Histoire dite Sainte, c’est-à-dire l’histoire du peuple juif ».


La construction de 1880 répond, comme on l’a vu, à plusieurs besoins (mairie, écoles et justice de paix). Il y a une école pour les garçons et une pour les filles. L’une et l’autre sont formées de deux classes, construites en arrière du grand bâtiment de la Mairie. Les deux cours de récréation sont séparées par un mur de pierre.


Le cours complémentaire (1902)

Plus tard, on construit une nouvelle classe, plus grande que les autres et destinée au cours complémentaire.

Jusqu’à la fin du siècle, les enfants terminent leur scolarité à l’âge de 12 ou 13 ans, après avoir passé le certificat d’études qui est très apprécié.


Ceux qui sont les mieux doués et en ont le désir, doivent poursuivre leurs études à Bordeaux, dans des pensions privées ou publiques, parfois mais très rarement, au Lycée.

Au terme de trois ans d’étude, ils passent le brevet élémentaire qui leur ouvre les portes de l’enseignement public. La plupart sont des boursiers.


Un leg à la commune pour scolariser en secondaire

M. de Boissière demande dans son testament écrit en 1892 – il vient de rentrer à Audenge après son aventure américaine – que deux élèves, une fille et un garçon, soient envoyés chaque année à Bordeaux dans l’enseignement secondaire, aux frais de la commune d’Audenge, grâce au « legs Boissière » dont on prend connaissance à sa mort en 1894.


Le conseil municipal délibère à ce sujet en 1902 et chiffre à 5.000 F la charge de six élèves (deux pendant 3 ans), ce qui est trop pour les finances de la commune. On décide alors de créer à Audenge un cours complémentaire permettant cette scolarisation. C’est ainsi qu’est né, par arrêté ministériel de 1903, le premier établissement de cette nature dans la région, conformément au vœu exprimé par Boissière.


Un cours … mixte

shaapb ecole moraleComme il le souhaitait, la mixité est admise dès la création du cours complémentaire, d’autant plus que l’inspecteur d’académie donne un avis favorable.

Le nombre des filles dépasse les prévisions et dès 1904, il y a 7 filles pour 15 garçons. Cette mixité pose des problèmes au point qu’en 1906, le ministre en refuse l’accès aux filles, mais finalement la mesure est reportée.

Si risque il y a dans cette mixité entre garçons et filles, il vient d’ailleurs. Le premier directeur, s’intéresse de très près à une de ses élèves, ce qui distrait beaucoup ses camarades… Il finit par divorcer et épouse son élève, il a 42 ans, elle en a 18 et doit quitter Audenge peu après…


Boissière incontestable bienfaiteur d’Audenge

Fin 1892, puis pour Noël 1893, Boissière fait de nouvelles visites à l’école maternelle pour distribuer aux enfants et sans compter, des cadeaux de toutes sortes. Il décède quelques jours plus tard, le 12 janvier 1894, dans la solitude de son château.

Boissière donne, dans son testament ouvert en 1894, cette école à la commune. École privée jusque-là, l’école maternelle prend le statut d’école publique. La commune accepte le legs et touche 600.000 F, qui malgré les dévaluations successives qui ont suivi, permettent de considérer Boissière comme le bienfaiteur de la commune.


La Sainte Saucisse…

Le maire institue la fête de la Sainte Saucisse, pour que soit célébrée, chaque année le 12 janvier, l’anniversaire de la mort de Boissière. Ce jour-là, les enfants des écoles bénéficient d’un repas plus consistant avec des saucisses et des haricots blancs…


logo shaapb(Pour en savoir plus sur E. de Boissière, vous pouvez lire « Histoire du domaine de Certes », publié par la SHAA en 2018.)


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Illustrations SHAAPB. Portrait d’Ernest Valeton de Boissière, colection P. Labat


 

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