Une Histoire (subjective) du Bassin … (Chapitre 2)

L’évolution du Bassin d’Arcachon, par Isidore Plantey*…


15/11/15


Les vases du Bassin (Episode 2)


Les vases … On ne cause pas ici ni de celui de Soisson, ni des ustensiles décorés d’une pinasse pour présenter des fleurs. Non.

Il est question de vases sous-marines. Celle qui sent bon la marée, avec une bonne consistance au toucher, comme une crème  chocolat, assez dure. Et la vase nauséabonde, flasque, qui gagne sur la première dans le Bassin.


Une bonne vase, ça ressemble à quoi ?

coucher soleilUne bonne vase vient biologiquement des multiples sédiments qui la composent et se décomposent lentement au gré des marées et du temps. Des composants naturels biologiques la font vivre et permettent à leur tour de vivre à une grande quantité d’animaux. Quand le varech meurt naturellement, le nouveau varech pousse par en-dessous. C’est un cycle de vie, comme chez les humains.
A l’intérieur de cette bonne vase, et sous le varech, on trouve beaucoup de coquillages et d’organismes microscopiques. La vase a une bonne consistance au toucher, comme une crème au chocolat assez dure. Elle a une bonne odeur de marée.

Le varech sain et fourni (nous, on disait «la lige» pour désigner les varechs, aujourd’hui en général, vous employez un mot savant «zostère»), est d’une belle couleur bien verte.

Il pousse sur des vases saines, cela en est presque appétissant. La vase n’est pas d’un noir profond, elle est plus ou moins «marron» parfois légèrement grise. Elle est assez «dure» au toucher, elle n’est pas visqueuse. Son goût est salé, «presque» comme l’eau des palourdes. Elle a un arrière goût de «marée».

Quand on marche sur cette «terre», le patin ne «glisse» pas, et la vase ne recouvre pas complètement le patin qui est toujours au «sec». En fait,le varech est ferme sous le pas. La croix du patin se dessine bien, s’imprime pendant un temps, et s’efface doucement. Si l’on met un «coup» de patin (comme les pêcheurs d’anguilles savent le faire pour tester la vase), cette bonne vase, a du répondant, on sent sa fermeté, c’est une vase saine. Elle ne tremble pas comme de la gélatine.

Si l’on trébuche et tombe (cela hélas, arrive parfois même pour les plus expérimentés), c’est sans dommage grave. Quand on plante la foène dans cette vase, on sent une bonne et souple résistance, le fer s’enfonce (seulement) à la hauteur du manche, mais ne le dépasse pas.


La vase scélérate et stérile

vase taussatMaintenant parlons de la vase qui pue. J’y suis allé pour voir et la tester. Là, mes amis, il faut être un grand professionnel, cette vase n’est pas a la portée du premier venu. Pour faire du patin sur une telle vase, je défie presque n’importe qui d’y faire ne seraient-ce que quelques pas.

Rien à voir avec l’autre vase. L’odeur déjà : Une odeur qui prend à la gorge (comme du soufre ou du méthane), une odeur de fin de monde. D’ailleurs, quand on regarde autour, on est mal à l’aise, on est comme effrayé, c’est comme si on se trouvait sur une autre planète, c’est comme un film de science-fiction. Presque pas de varech sur cette vase, et même pas du tout à certains endroits. Le peu qui y pousse a une couleur jaunâtre malsaine, du plus mauvais présage, pas de coquillages rien…. La lune quoi… mais en plus laid.

Le patin glisse à chaque pas, sur presque un mètre, chaque pas est un danger de chute, et chuter dans une telle vase, c’est la mort assurée, impossible de pouvoir appliquer une technique de survie et le pire c’est que la «glisse» se fait dans n’importe quel sens, c’est d’un stressant pas possible, la vase n’a aucune tenue au patin.
A chaque pas, je dis bien à chaque pas, on s’interroge. C’est l’angoisse de la chute, alors on plante la foène, droit devant soi, et doucement, on avance un pas en se tenant fermement au manche de la foène (le patin s’enfonce trop dans la vase molle sur notre propre poids).

Le pire aussi, c’est que le patin s’enfonce d’au moins, quinze a vingt centimètres, et la vase recouvre tout le dessus du patin. l’effet de succion pour relever le patin, est considérable, et l’on peut «déchausser» a tout moment, en fait tout est complètement imprévisible.


Une vase stérile, étouffante

C’est une vase de tous les dangers, d’un noir «sale» presque couleur charbon anthracite, quand on en prend dans la main, elle est visqueuse et gluante (comme de l’huile), il y a parfois des bulles, ça pétille presque. Dans la vase il n’y a rien. Point de coquillage ou d’autres «zeste de vie», en fait point de rien du tout. C’est une vase sans aucune vie, c’est une vase morte. C’est une vase stérile.
J’ai goûté cette vase, elle un goût ‘acide’, presque comme de l’acide de batterie de voiture, j’en ai gardé assez longtemps la «brûlure» dans la bouche entière, un peu comme des aphtes.
Le goût dans la bouche ressemble a du «mauvais pétrole pourri».

Cette vase morte couvre plusieurs centaines d’hectares, notamment sur le Nord et la façade Est du Bassin, qui reçoit les eaux pluviales du bassin versant. Et aussi dans les ports, du Nord au Sud.

Mais comment est-elle apparue, puisqu’elle n’existait pas auparavant ?


A suivre, le mois prochain. …


*Les anciens du Bassin ont vu leur environnement se transformer en 40 ans. Leurs petits enfants et les nouveaux arrivants n’ont pas connu ce bouleversement. Et se posent des questions. InfoBassin les aide à comprendre leur environnement et les enjeux de ce petit paradis fragile, et de plus en plus convoité, à travers le regard d’Isidore Plantey, ronchon patenté, octogénaire, mais amoureux de la terre qui l’a vu naitre. C’est un parqueur d’avant guerre. Pêcheur d’anguilles à la foène, il a fait des milliers de km sur les vases du bassin. Observateur par nature, il a vu évoluer le bassin jusqu’à nos jours. Il connaît bien l’hydrographie du sous sol. Nous l’avons invité cet hiver à retracer l’évolution du Bassin, son histoire du Bassin. Mais on pourra aussi bien ne pas être d’accord …


Isidore planteyIsidore Plantey 


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