La fermeture du bassin, utopie ou réalité ?

L’évolution du Bassin d’Arcachon, vue par Isidore…  Episode 4.

La fermeture programmée du Bassin.


23/01/16

Les anciens du Bassin ont vu leur environnement se transformer en 40 ans. Leurs petits enfants et les nouveaux arrivants n’ont pas connu ce bouleversement. Et se posent des questions.

InfoBassin les aide à comprendre leur environnement et les enjeux de ce petit paradis fragile, et de plus en plus convoité, à travers le regard d’Isidore Plantey, ronchon patenté, octogénaire, mais amoureux de la terre qui l’a vu naitre. 

C’est un parqueur d’avant guerre. Pêcheur d’anguilles à la foène, il a fait des milliers de km sur les vases du bassin. Observateur par nature, il a vu évoluer le bassin jusqu’à nos jours. Il connaît bien l’hydrographie du sous sol.

Nous l’avons invité cet hiver à retracer l’évolution du Bassin, son histoire du Bassin et son avenir .

Mais on pourra aussi bien ne pas être d’accord …


passes tb pict

Photo tb-pict.com

Pour Isidore, la fermeture programmée du bassin est liée principalement à l’afflux constants des eaux douces de la Leyre (qui est devenu au fil du temps un pipi de chat)…
N’oublions pas que le Bassin à l’origine fut le delta du fleuve majeur qu’était la leyre. Au fil du temps, les eaux baissant, le delta est devenu lagune, l’eau douce se faisant encore plus rare, la lagune est devenue bassin, et logiquement le destin du bassin est de devenir un lac.

Pour l’instant les passes sont le trop plein du bassin.

Continuons.

Mais il n’y a pas que la Leyre qui alimente le bassin. Il faut y ajouter tous les multiples cours d’eau, les multiples fossés qui se jettent au Bassin et aussi bien sûr le canal des étangs, et aussi la quantité d’eau considérable, des eaux dites de ruissellement des nappes souterraines qui passent principalement sous les vases, déversant au passage des bonnes eaux et des lixiviats hautement contaminés. L’eau souterraine est beaucoup plus importante que l’eau qui court sur le sol. L’eau de ruissellement souterraine est en fait l’eau de vos puits.


Les passes

Les passes, « la lessiveuse » du bassin, sont aussi sujettes aux très forts courants « capricieux » de l’océan. Ceci est lié aux vent, marées et tempêtes.

Les courants et les vents font «descendre» du nord des millions de tonnes de sable, qui contribuent à alimenter le fameux banc d’Arguin. On oublie fréquemment de parler des travaux d’Arcachon qui ont déstabilisé et déstabilisent toujours le jeu des courants des passes. Pour moi, Hortense en est le malheureux résultat.
Conclusion : Moins d’eau douce en général, en sortie des passes, et beaucoup plus de sable. Les ingrédients sont réunis pour une fermeture annoncée et prématurée du bassin.
Le risque est grand, d’avoir un jour des morts à Hortense. Pourquoi ?


Historique

C’est grâce au train que l’Arcachon de bois est devenu l’Arcachon de pierre. Il a fallu pour cela transporter les pierre pour la construction de la ville, et plus tard le touriste (vous savez celui des épuisettes et chapeau melon ou en paille que les chevaux mangeaient en douce sur les passants… )

Ces travaux, par leurs tracés, et leurs «morphologie physique» ont perturbé assez rapidement le littoral fragile de la cote, les murs, les édifices, les multiples perrey, les constructions. Ils ont modifié insensiblement le parcours du chenal du teychan, (chenal au tracé régulier et millénaire),qui est un ancien bras du delta du fleuve majeur d’alors, actuellement la « pauvre » Leyre finissante.

Ce chenal va se jeter en général par la passe nord, à l’océan Atlantique.


Mais voilà, il faut tenir compte aussi du chenal important de Claouey (qui est lui aussi un des bras ancien (et dévié) du delta de la leyre, qui se jetais autrefois sur l’emplacement du village de Lège).

Ce grand chenal majeur, rencontre celui du Teychan, produisant des courants tourbillonnaires puissants et importants. Il faut aller sur place à la marée, pour voir le travail considérable de cette sorte de maelström. Toutes ces perturbations vont percuter comme un puissant boutoir une partie de la cote, surtout dans les environs d’Hortense.

La cote se «mangeait» (et se mange toujours) progressivement, mais sûrement, peu a peu ; et a commencé a détruire les maisons, dont celle de Benoit Bartherotte. Nous allons y revenir.


La côte

La cote, toute la cote est une pyramide formé de galets et de différentes graves, apportée par le fleuve la leyre, (qui elle était delta). Quand la leyre a diminué de volume, le delta s’est transformé petit a petit en lagune, et nous, nous voyons un bassin,

Au somme de cette pyramide, qui faisait et fait toujours barrage des vent du nord, les sables ce sont accumulés, et celui qui est passé par dessus, a produit la dune du pyla actuel, et continue son avancée.


Cap Ferret  : La tête de fer

Cap Ferret, en patois, veut dire « la tête de fer ». La pointe ressemble à une « tête ». Et le fer ? C’est l’alios. Pourquoi ? Car le sable de la pointe en « grande partie » repose sur de l’alios, et de la grave. Les graves ont été apportées par le fleuve majeur qu’était la Leyre, en son temps. Enfin c’est moi Isidore qui le dis, car je ne vois que cette explication, à moins qu’il ne fut caché sous les sables une concasseuse préhistorique. La pointe bouge au fil du temps, et tout le temps, voyez les cartes.

Cet alios lie comme du ciment l’ensemble du sommet de la pyramide (formée de galets) du pourtour du bassin (mais pas partout)  et lui donne une sorte de cohésion. Si à Hortense les courants du chenal du teychan et du chenal de Claouey détruisent cette cohésion naturelle de l’alios, alors des millions de tonnes de sable vont glisser rapidement par pans entiers, et s’engloutir dans le chenal du bassin et partir a l’océan par les courants et perturber les passes …


La tête de fer est fragile. Vous en doutez ? Allez vous promener en haut de la plage, face a l’océan, les jours de tempête. Vous ressentirez sous vos pieds par moment la fragilité tremblante de cette pointe, les coups de boutoirs des vagues sont impressionnants et cela me donne quelque part des ressentis bizarres, comme l’impression que cette pointe repose sur une énorme charnière .

Cette pointe semble bouger en tremblant, et gémissant -comme une vieille et lourde porte qui force à s’ouvrir.

C’est curieux mais j’ai toujours pensé que la charnière de cette immense porte est usée de la « brisure » de Hortense que Benoit Bartherotte maintient encore fermée, avec poigne et rage en mettant régulièrement dans les gonds sa célèbre « huile de coude ». Titan contre Titan ? Géant contre géant ? Le temps décidera du vainqueur !
Hortense, les Danaïdes du bassin ? Sans doute, la nature étant la maîtresse du futur.

Il a une théorie à lui le Benoit. C’est d’enchevêtrer des poteaux en ciment, de forme et de poids différents, pour créer non pas une homogénéité mais,mais justement une «diversité» qui trompe les courants, c’est une forme d’astuce, et de ruse. Il a créer un barrage … peu orthodoxe.

Parce que si l’ouverture se produit la nuit -ce qui peut se passer en quelques minutes- cela pourrait entraîner la mort de riverains, surtout si ça se passe par nuit de tempête. En mer, tout se passe extrêmement vite, de quelques secondes à quelques minutes, et tout est réglé.


Le bassin ne se fermera pas totalement à l’océan, il restera pendant très longtemps une ouverture petite, certes, que je situe a Hortense, qui laissera passer le trop plein -comme le canal des étangs qui se vide au bassin est le trop-plein des lacs.


Quelles solutions pour la pointe ?

Simple, comme réponse: Trois solutions en gros! Ou on continue les travaux d’hercule à coup de millions d’euros, (pris probablement sur les impôts), ou on arrête tout et laisse faire la nature, ou on fait un référendum des habitants du bassin pour demander leurs avis…

Mais on peut me dire le contraire.


Bientôt, nous aborderons les lixiviats….


L’évolution du bassin mesurée par satellite (CNES)


Isidore planteyIsidore Plantey


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