Hilh de pute macarel ! C. Daney veut étendre votre vocabulaire local…

daney hilh de pute macarelLivres : Charles Daney est l’auteur de « Hilh de pute macarel ! Dictionnaire des jurons, insultes, injures, blasphèmes, imprécations, invectives, gros mots, vitupérations et malédictions … que l’on peut encore entendre dans le midi » , paru en 2003 aux éditions Loubaitères.

Le  Secrétaire perpétuel de l’Académie du Bassin d’Arcachon lance un appel aux gens de la région qui ont gardé dans leur poche ou sur la langue quelque juron de la lande girondine pour une nouvelle édition de cet ouvrage.
Ces expressions font partie de notre patrimoine, ce serait dommage de ne pas les partager…

Vous pouvez lui écrire sur sa page FB , ici  ou par mail sur info@infobassin.com.


En attendant, voici de nouvelles aventures écrites par l’inépuisable Monsieur Daney…



Nautisme : Le jour où Ulysse a rencontré le Bassin sur sa route…

Il manque quelques jours au récit d’Homère comme il en manque au journal de l’expédition Foureau-Lamy. Nous sommes en mesure de vous donner ici le détail de ces quelques jours.

daney ulysse pirogue evaneosUlysse est debout, le vaillant timonier. L’équipage éreinté par la tourmente de la veille, dort. Depuis huit jours qu’ils ont franchi les colonnes d’Hercule[1], les courants et les vents les entraînent vers le nord à la mer mauvaise. Ils n’osent approcher du rivage où tant les houles courent à la terre en énormes rouleaux.

Ulysse voit bien qu’Athéna l’abandonne à la rigueur des flots tandis que dans le ciel s’amoncèle la colère de Zeus. Il regrette la mer tranquille qu’il a l’habitude de fréquenter même lorsqu’Eole, dieu aux ordres des dieux, de quelque nouvelle ire, vient encor l’agiter. Il implore la déesse insensible de ne pas l’abandonner à cette mer d’épouvante.


Depuis huit jours déjà qu’il a quitté les colonnes, il a longé une longue côte plate et passé au large de la gueule jaune paille d’un monstre marin capable de les avaler, lui et son équipage de hardis matelots[2]. Face à cet océan vert aux lèvres écumantes il n’y a pas de jour qu’il ne réclame sa chère mer vineuse. La nef  longe  des rochers où viennent baver les rouleaux de l’Océan. De longues et frêles pirogues jaillissent d’entre les caps, armées en pêche de longs harpons à piquer la baleine.

Il s’est d’abord réjoui de cette corrida marine où picadors et toreros courent à  la baleine à bosse comme on voit les crétois courir sus au taureau. Il sait qu’il doit se méfier de ces marins dont on dit qu’ils appartiennent au monde inquiétant de la mer dont parlent les vieux textes[3] . Il n’a personne pour lui bander les yeux ; il ne peut s’empêcher d’admirer le ballet fascinant des pirogues jusqu’à ce que la côte, se dérobant au levant, découvre une longue, interminable bande sableuse qui fait des rouleaux à l’image de ceux de la mer. Là où la terre et les flots n’en finissent pas de s’affronter.


Il  longe cette côte, le vaillant, le subtil Ulysse, parce qu’il ne peut pas faire autrement. Il a entendu la chanson de la sirène qui charme les mortels ; il lui a résisté ; il a vu la queue de la baleine que les picadors avaient oubliée et ne s’est pas attardé à la contempler. Les vieux routiers des mers signalaient déjà ces illusions comme des prémisses de malheur[4] du temps où les dieux descendaient de l’Olympe pour se mesurer en régates comme font les Maires de nos jours. La côte et le désespoir des matelots sont infinis.

Le ciel roule sans fin des nuages aux formes menaçantes et tandis qu’Ulysse broie du noir,  une dune plus haute que les autres a surgi, que vient en son couchant éclairer l’astre d’or.


Elle brille comme tous ces amers qui sont la sauvegarde des marins : plus que le mont Ida qui guide les Crétois, plus que l’Olympe même. Ulysse est ébloui.

Il n’entend rien au Gascon, le subtil Ulysse. Il donne un nom à cette terre nouvelle inconnue des routiers, un nom de marin, un nom grec.

Il baptise Pyla[5], qui, chez lui, veut dire porte, cette entrée en bonne espérance. Il veut croire que c’est ainsi.

Il dit et la nef, poussée dans la baie par la septième vague, la plus forte de toutes, frôle la montagne de sable et entre dans la baie. L’équipage applaudit. Arkeson, Arkeson crient ensemble les hommes. A défaut des champs élyséens, c’est le port du Salut qui s’ouvre devant eux. Pas question, cette fois, d’être transformés en porcs par quelque magicienne.


daney ulysse faitchezmoi centerblog netLa nef court entre des bancs de sable. Le courant est plus rapide qu’entre Charybde et Skylla. Il les entraîne jusqu’à la Canelette[6] où ils affourchent pour y passer la nuit, une nuit sombre chargée de tous les nuages du monde que la brillante Hébé, elle-même, ne peut percer de sa jeunesse.

Le lendemain, à l’heure où apparaît, dans son berceau de brume,  l’aurore aux doigts de roses, alors qu’ils sont prêts à partir, ils se voient à sec dans un creux de l’opulente, de l’onctueuse vase qui leur fait un lit bien moelleux.

Peinant, suant, soufflant, engoncés à mi-jambe dans la boue des crassats[7],  ils hèlent le vaisseau jusqu’à l’un de ces ruisseaux de la mer qui sont nommées esteys dans les vieux parchemins.


Ils remontent le cours de l’un d’eux comme explorateurs font des fleuves qu’ils rencontrent pour s’enfoncer au cœur des continents ombreux. Ils arrivent alors dans la ville aux sept ports. La Crète avait sept villes et Gujan a sept ports. Les hommes vont s’arrimer à quelques vieux pignot[8] et descendent à terre. Les filles du pays les accueillent à grands cris.

« Approchez, étrangers. Nos hommes sont en mer. Il ne sera pas dit que filles de marins laissent dans l’embarras de hardis matelots. Si vous avez traversé les passes sans coup férir et sans pilote c’est qu’Athéna vous protège, la sage déesse ». Elles disent…


Ulysse descend le premier. L’équipage le suit. Les femmes les bassinent[9] d’eau chaude dans des « bailles »[10] de bois comme pour des bains de  mer dont on favorise  « la réaction »[11]. Chacun d’eux reçoit, non point la robe d’or qu’apportait à Ulysse la fille d’Alkinoos, mais un solide pantalon et la large ceinture de flanelle noire qui se met sous le ventre comme en ont les chevaux en sous-ventrières.

Et pas moyen de les remercier d’un baiser : elles ont coiffé la « kiss me not » qu’on appelle benaise[12] , coiffes de femmes qui tiennent de la cage à oiseau pour ce qui couvre la tête et du képi de légionnaire pour ce qui couvre la nuque.

Elles font appel aux bergers aux longs pieds afin que ces « chancats »[13] égorgent des moutons qu’ils font rôtir sur la plage ; elles, pendant ce temps, versent à longs traits dans de profonds hanaps ce clairet de La Teste qui passe leurs ambroisies au goût de poix[14].


Ils embarquent bientôt et larguent les amarres avant que la marée, qui revenait vers eux, les emporte, tout tristes de quitter ces filles aux yeux de braise.  Les flots les emportant, ils gagnent une ile qui flotte.

Des chevaux la conduisent ; un fleuve la construit : c’est Malprat que vient baigner de ses eaux la douce, l’incomparable Leyre. Ils apprennent bientôt que ce fleuve a deux sources et c’est là son delta. Ils se souviennent alors de la Cyrénaïque et du Nil aux deux sources et au cours bienfaisant mais ils n’y voient point d’opulente Alexandrie et l’antique Boïos se trouve dans les terres.

Ils vont encore plus avant dans la rivière mais la nef  ne peut avancer plus longtemps tant il y a de lianes qui plongent dans les eaux depuis les hautes branches et de troncs couchés en travers du courant. Ils s’éloignent bien vite les vaillants matelots qui se sentent plus à l’aise sur les flots impétueux qu’à proximité de la terre traitresse. Ils pensent avoir trouvé là l’enfer.

Ulysse, le vaillant, le subtil, les a si souvent menés en des lieux impossibles ! Ils sont prêts à se mutiner, les gentils compagnons. La mer, se retirant, les entraîne au large en les dégageant des marais.


daney ulysse bateauUlysse prend l’écoute et de sa main de maître il maitrise l’esquif. Les matelots en oublient leurs querelles et voici qu’apparaît une île pareille aux archipels de Grèce mais plus basse sur l’horizon. Ils entendent le chant d’une source aussi douce à leurs oreilles que celui de l’alouette. Ils font terre une fois encore. La dernière ?

L’île qui repose sur un  doux matelas de brume les séduit. Ils se préparent à l’aiguade et au repos qu’ils estiment avoir bien gagné. Le vent qui les conduit est un vent bienfaisant. Ulysse interpelle Athéna et lui fait ce récit : « On arrive, on débarque ; on va puiser de l’eau et mes gens harassés se mettent à l’abri sous les flancs du vaisseau ».

Elle leur signale en vain que  la mer d’ici n’est point immobile au rivage.

Ils ne l’écoutent pas, mais la nuit est à moitié passée qu’ils s’éveillent à grands cris et rentrent au vaisseau : l’eau les a surpris endormis sur la grève. Ils sont mouillés, les bons, les gentils, les loyaux compagnons d’Ulysse. Ils  doivent se changer  à la lueur d’éclairs que Zeus en sa bonté a voulu allumer. Ils amarrent la nef et retournent dormir.


Ulysse, seul, veille. Il scrute l’horizon, surtout cette île pleine d’oiseaux où pâturent en foule des cavales venues de la Pointe aux chevaux. Deux déesses les gardent : le Soleil et la Lune. « Ils ont le sentiment d’assister au commencement du monde » tel que le décrivent la Bible dans la Genèse  et Michel Doussy dans Bassin Paradis[15]

La beauté les saisit. La crainte aussi d’y trouver l’île de la tentation. Ulysse le premier. Il presse ses gens à s’embarquer. De son poignard de bronze, il coupe les amarres et le flot en gonflant les dégage de terre.

Ils sont tous à leur banc pour pousser le navire à la proue azurée. Ils reprennent la mer, l’âme navrée de quitter ce pays mais Athéna les a pris sous son aile et déjà, la porte passée, elle indique le sud.

Ithaque n’est plus loin…


Notes

[1] Le détroit de Gibraltar

[2] Il s’agit de l’estuaire de l’estuaire du Tage dit aussi Mer de paille.

[3] Tous les marins du monde semblent s’être méfiés des basques dont la réputation avait franchi toutes les limites.

[4] Il n’est pas un enfant des landes qui ne sachent par cœur : « Mefie-te de la cansou de la sirene, de la coude de la baleine et du cloquey de Mimizan » – ce dernier jouant à cache cache derrière les dunes

[5] Des historiens locaux lui préfèrent Pilat qui est la hauteur mais les agents immobiliers ont imposé Pyla plus noble de l’y et de son origine prétendue grecque.

[6] Cet ancien chenal de La Teste est aujourd’hui le cœur du port d’Arcachon

[7] Les crassats sont les découvrants vaseux du Bassin. Ils apparaissent à marée basse.

[8] Jeune pin utilisé comme piquet, principal élément de la signalisation dans le Bassin

[9] Malgré de sérieuses recherches aucun historien local ne fait venir Bassin (d’Arcachon) du verbe « bassiner »

[10] Demi-barriques qui servent aux femmes à laver le linge et les enfants.

[11] C’était il n’y a guère : les baigneuses les plus intrépides prenaient des bains de pids chauds à leur sortie de l’eau pour favoriser la réaction.

[12] Cette coiffure n’a jamais eu comme en Ré la réputation d’empêcher les embrassades.

[13] Les chanques sont des échasses que « chaussaient » les bergers de la lande qui sont donc les chancats

[14] Les grecs avaient l’habitude de mêler de la poix à leur vin.

[15] Ce ne sont pas les seuls. Michel Doussy aussi l’a vue telle qu’elle est dans Bassin Paradis éditions Elytis.



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Charles Daney

(Illustrations Copie écran internet)


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