Le Bassin jadis : Le petit train des dunes (1/2)

Le petit train des dunes (1/2)

(par Jean Desrentes, de la SHAAPB)


Le Bassin a son histoire. Et les membres de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch la content fort bien. Ils éditent une revue régulière à laquelle vous pouvez vous abonner. C’est passionnant, et nous leur ouvrons nos colonnes…

Michel Lenoir, Directeur de Publication



Sous l’autorité de Brémontier, au milieu du siècle dernier, les dunes littorales avaient été ensemencées en pins maritimes afin de contenir le mouvement des dunes et l’envahissement du pays par les sables.

C’était le cas à Lège, bien entendu, comme sur toute la côte landaise. Cela a représenté un énorme travail pour une population pauvre et sans moyens.

Cinquante ans plus tard, la réussite était au bout puisque les sables étaient contenus, les dunes avaient arrêté leur marche. Une forêt était née… Une forêt s’était développée.

À la fin du siècle, le succès de l’opération était tel, que les premiers arbres venus à maturité, pouvaient être exploités.


Entre temps, deux lois, appelées « Lois d’aliénation des Forêts de l’État », en 1860 et 1862, avaient autorisé l’État à vendre aux particuliers ou aux communes, un certain nombre de parcelles forestières ou à vocation forestière.

Comme l’État a souvent un pressant besoin d’argent, le ministre des Finances de l’époque avait jugé que la vente de ces espaces pourrait alimenter ses caisses. Environ 100 000 hectares furent ainsi aliénés et vendus sur le territoire national.


L’éveil économique avec l’exploitation du bois

1MULESLa commune de Lège, pour sa part, achetait 548 ha 84 a, pour la somme de 293 773 Francs. Certaines parties étaient boisées, les autres non. Une des clauses était qu’elle devait s’engager au boisement des parties vides. Il fallait éviter que se reproduise un nouveau mouvement des sables. Il y avait urgence d’ensemencer les parcelles nues, puis ensuite, celles qui seraient exploitées. L’obligation de financer ces travaux et d’assurer les moyens matériels et humains indispensables mettait la commune dans la nécessité de trouver beaucoup d’argent frais et cela de façon très rapide.


L’exploitation et la vente des bois s’avéraient donc être les seuls moyens de faire face à la situation. Après la chute de l’Empire, l’exploitation de cette richesse locale devenait une aubaine inattendue et très appréciable pour les propriétaires de forêts à Lège comme ailleurs. Une période de relative prospérité, mais surtout d’intense activité s’installa alors dans toute la région. Une main d’œuvre endurante et laborieuse, attirée par tous ces travaux, vint s’implanter. De grosses entreprises d’exploitation et de mise en valeur de la forêt s’y installèrent.


Les mules et le chemin de fer

LE TRAIN DANS LA DUNEEn cette période de plein essor industriel, il fallait s’organiser de façon moderne. Déjà, il devenait nécessaire d’obtenir une amélioration des rendements et de la productivité. Le transport des marchandises et produits de la forêt devait se faire de plus en plus rapidement alors qu’il augmentait sans cesse en nombre et en volume. Il s’avérait que les bœufs et les mulets, seuls équipages ayant accès aux sols difficiles et peu porteurs de la dune, travaillaient beaucoup trop lentement…

Or on venait de construire (en 1882-1884) la ligne de Facture à Lesparre par Arès. L’enthousiasme était à son comble, on entrait dans l’âge d’or du chemin de fer et nombre d’entrepreneurs rêvaient de construire leur propre ligne.


À Lège, ce fût Decauville qui changea la donne. Paul Decauville (1846-1922), industriel dynamique et ingénieux, résolut la question en créant le chemin de fer léger à voie étroite qui porta désormais son nom. Il créa aussi le matériel approprié pour équiper et utiliser ses voies.

À Lège, l’exploitation des dunes avait été confiée à la société Pelletier et Cie. Celle-ci, moderne et désireuse de suivre le progrès se dota d’une voie dite Decauville. C’est ainsi que la forêt se vit sillonnée de voies ferrées, notamment de Lège à Lacanau.


Jane de Boy, un port en plein essor

3JANE de BOYCet équipement permettait de transporter les bois exploités au plus profond des forêts et de les acheminer vers le Bassin d’Arcachon, en l’occurrence à Jane de Boy. Mais pour en arriver là, il fallut faire appel à beaucoup de monde, avec des bras musclés et force pelles, pioches et brouettes pour avancer la construction des voies au cœur de la forêt, travée après travée.

Un travail de géant pour niveler le sol en brassant le sable, de déblais en remblais et même construire quelques ponts pour traverser les berles et les lagunes. Mètre après mètre, ce sont finalement des kilomètres de voie qui sont posés, une œuvre assez considérable avec les moyens de l’époque et de plus dans un environnement difficile.


2CHARGEMENT DE BOISLes bois étaient approchés en bordure des voies par des bœufs et des mulets pour être chargés sur les wagonnets Decauville qui effectuaient les longs trajets avant de sortir de la forêt.


Ils étaient à l’origine, tirés par des mules ou des bœufs attelés en flèche, de part et d’autre de la voie, ce qui devait être beaucoup moins pénible pour les bêtes que de se mouvoir dans le sable avec leurs lourdes charges.

Jane de Boy devenu le terminus de la voie avait vu se construire des appontements dignes d’un grand port, presqu’un môle d’escale.

Les bois ainsi déposés étaient chargés sur de très gros chalands et remorqués à marée haute à Arcachon. Ils étaient ensuite entassés dans les cales des cargos venus apporter du charbon, à destination des différentes régions utilisatrices, les mines du nord de la France et l’Angleterre.


Un réseau ferré en forêt

Le transport du bois entraînait un trafic très important à Jane de Boy. À cela s’ajoutait les apports de la forêt du Porge, où la société « La Térébenthine Française » et la société Rechenmann avaient entrepris l’exploitation sur quelque 8 000 hectares. C’est ainsi qu’à leur tour, elles construisirent leurs propres voies Decauville, pour évacuer leurs marchandises et leurs produits.


Ce réseau de lignes commençait aux dunes du Lion, à la limite de Lacanau, elles traversaient sur toute sa longueur la commune du Porge et venaient s’embrancher sur les voies Pelletier pour arriver au terminal de Jane de Boy. Ses appontements en font alors le port le plus important du Bassin pour l’expédition des produits de la forêt.

C’était sans doute trop, en tout cas, cela n’allait pas durer.

A suivre…


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Extrait du Bulletin de la SHAA n° 93 en 1997. Les illustrations proviennent du livre (épuisé) de Max Baumann de 1993 sur la Presqu’île du Cap Ferret.


 

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